# Semaine du 22 décembre 2025
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## Mercredi 24 décembre
Enfin, les vacances sont arrivées. Cette année, je ne suis pas d’humeur festive. Noël n’est qu’un concept. Il faut dire qu’il n’y a aucune décoration dans la maison. Nous étions tous les deux occupés par nos situations professionnelles (ironie du sort, on a offert un super contrat à mon ex qui prévoyait de partir à l’étranger au printemps prochain ; il n’a rien eu à faire pour l’obtenir, si ce n’est l’accepter ; il restera donc en Angleterre).
Noël, c’est la saison des pulls de mauvais gout, des faux feux de cheminée et du vin chaud. C’est rouge et vert et or pour lutter contre la grisaille hivernale. La pensée de Noël doit nous réchauffer le cœur et diffuser des vagues de bienêtre dans tout le corps.
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## Jeudi 25 décembre
La bulle de l’IA va certainement éclater… mais la technologie, elle, restera. Nous autres écrivains utiliseront les LLM. D’une manière ou d’une autre. Je ferai certainement partie de la dernière génération réfractaire, mais c’est inévitable. Et peu importe le cout environnemental ou la violation de la propriété intellectuelle, la marche du progrès technologique se soucie rarement de ce genre de « détails ».
Je ne vois aucun intérêt à déléguer l’écriture elle-même à l’IA. Nous sommes des écrivains. *Words are our matter*. Notre art ne peut se réduire à la composition de prompts, bon sang. Mais notre pratique est solitaire et nous ne trouvons pas toujours les bons lecteurs pour progresser. Combien de fois n’ai-je pas rêvé d’un retour critique un tant soit peu intelligent et utile ? Les IA serviront de coachs, d’éditrices et de relectrices. Nous créerons en discussion avec elles, comme nous écrivons aujourd’hui en discussion avec les œuvres du passé. Notre écriture s’en trouvera augmentée, sans pour autant perdre de ses imperfections, car c’est ce qui intéressera les lecteurices du futur. (Évidemment, je n’ignore pas qu’une grande partie de la production sera du *slop*, 100 % écrite par des machines, même pas relue par des humain·es, formatée à en vomir. Sans âme, sans intérêt.)
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## Vendredi 26 décembre
Je lis pour savoir ce que mes contemporain·es et celleux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s pensaient du monde. Je lis aussi pour me divertir… Dans cet ordre.Â
Idéalement, j’attends de mes lectures qu’elles fassent les deux : qu’elles m’enseignent quelque chose (quoi ? peu importe) et qu’elles me distraient de mon morne quotidien. En somme, je veux qu’elles enrichissent mon existence aussi bien sur le plan intellectuel qu’émotionnel.
La romance a ce potentiel, mais c’est un genre complaisant qui refuse souvent toute ambition intellectuelle. Comme si le commerce des émotions était incompatible avec celui des idées.
Je ne dis pas qu’une histoire romantique devrait ĂŞtre un essai dĂ©guisĂ©. Une romance n’a pas besoin de dĂ©fendre une thèse de manière explicite. Son ambition intellectuelle se mesure Ă son usage des images et des symboles, Ă sa composition soignĂ©e, Ă sa manière d’écrire l’implicite.Â
La romance est le genre le plus apte à nous enseigner, non seulement l’amour (évidemment), mais aussi les relations interpersonnelles, celles du quotidien, la famille, les amis, les collègues… Elle donne à lire nos désirs frustrés, nos espérances naïves et nos attentes irréalistes. Elle peut tout faire tant qu’elle garantit une résolution heureuse. Malheureusement, ce potentiel est rarement exploré. Mais il est là , et la prochaine génération d’auteurices saura s’en saisir pour renouveler le genre.
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## Samedi 27 décembre
L’écriture d’un roman m’apparait comme un terrain minĂ©. Peu importe le nombre de romans Ă©crits et publiĂ©s, l’exploration du territoire ne se fait pas plus facilement. Au contraire, elle devient plus dure ; Ă tout moment, je sais que je peux me casser la figure.Â
La raison, je pense, est simple : je prête davantage attention à certains éléments du récit ; je suis plus exigeant envers moi-même ; j'en viens à sous-estimer mes forces. Plutôt que de gagner en confiance, je doute et je me convaincs que je ne sais plus écrire. *Ô rage, ô désespoir, ô pratique ennemie.*
Heureusement, je ne suis pas le seul dans cette galère. Nous autres artistes sommes tous pareils. L’expérience nous enseigne une seule chose : l’humilité.
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## Dimanche 28 décembre
Après avoir lu deux romans de Rachel Reid (merci *Heated Rivalry* !), je suis retourné à la saga de fantasy MM de Kai Butler, *Emperor’s Assassin*. J’en suis à la moitié du second tome et je me régale : les intrigues de cour, avec leurs conspirations, leurs tentatives d’assassinat et leurs changements soudains d'allégeance, sont tout bonnement ma came. J’admire ici la simplicité de l’écriture : c’est efficace et bien mené. Et je rêve à mes propres histoires, à mes univers, à mes personnages. Il n’y a rien de mieux pour un auteur que de lire un roman qui lui donne envie d’écrire.
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