# Semaine du 29 décembre 2025
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## Lundi 29 décembre
Tout serait plus simple si la voix de la raison, par sa seule force, pouvait faire taire les angoisses et autres humeurs désagréables du quotidien. Malheureusement, plusieurs modules cohabitent dans notre cerveau, et celui chargé de la raison doit négocier sans cesse avec les autres. C’est une situation absurde, car, de même qu'on ne devrait pas négocier avec des terroristes, il est vain de vouloir raisonner avec les émotions… Une fois mises en branle, il faut attendre qu’elles s’épuisent d’elles-mêmes.
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## Mercredi 31 décembre
J’ai commencé l’année en écrivant : « Mais ce que l’état du monde nous enseigne, c’est qu’on ne peut pas attendre que tout aille mieux pour nous sentir mieux : il est de notre devoir de nous épanouir au milieu des malheurs, de cultiver la joie malgré la folie ambiante. »
Cette obligation presque morale, Ă laquelle pourtant je souscris entièrement, je m’aperçois que je ne l’ai pas vraiment mise en pratique. Une jolie dĂ©claration non suivie d’effets.Â
2025 aura été une « année suspendue », durant laquelle j’ai attendu des choses qui ne sont pas venues. Une année de transition, où tout a pris fin sans que rien de nouveau n’émerge. 2026 sera donc une autre année de transition pour moi, tout aussi imprévisible que 2025, avec son lot d’inquiétudes, de joies et d’émotions.
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## Jeudi 01 janvier
Le rĂ©veillon s’est passĂ© tranquillement. Nous avons mangĂ© corĂ©en et j’ai passĂ© la soirĂ©e Ă lire un nouveau roman de Kai Butler, que j’ai tout bonnement adorĂ©.Â
*The Earl and the Executive*, sorti en avril 2020, est le premier tome d’une trilogie intitulée *Imperial Space Regency*. Je crois que mon choix était déjà fait avant même de lire le résumé du livre.
Du Jane Austen gay dans l’espace ? *Shut up and take my money!*
J’adore le mĂ©lange des genres. Et la romance est un genre littĂ©raire protĂ©iforme, aux mĹ“urs lĂ©gères, qui a engendrĂ© une kyrielle de bâtards, dont le plus connu en ce moment est la romantasy.Â
On retrouve dans *The Earl and the Executive* tous les Ă©lĂ©ments des *Regency novels*, un genre anglophone très codifiĂ© inspirĂ© des romans de Jane Austen et très apprĂ©ciĂ© du grand public, comme l’a dĂ©montrĂ© le succès de *Bridgerton* (dont la première saison est sortie en dĂ©cembre 2020). La seule diffĂ©rence, c’est qu’il s’agit ici d’un (pseudo) space opĂ©ra.Â
Ce livre ne plaira pas aux amateurs hardcores de SF (souvent des hommes), car son world-building est très lĂ©ger, mais devrait ravir ceux et celles qui aiment les divertissements purs et les jeux sur les tropes.Â
Comme elle se doit, l’intrigue est classique : un comte sans le sou doit trouver un riche époux avant la fin de la « saison » sous peine de perdre son domaine. Les protagonistes et leurs adjuvants sont tous très attachants et leurs réparties à l’occasion spirituelles. Bien que saupoudré de quelques archaïsmes pour l’ambiance, le style est volontiers léger et se lit très facilement. L’ambition de Kai Butler est de divertir, pas de donner à lire un space opéra romantique ambitieux (Everina Maxwell serait à préférer dans ce cas).
J’ai aussitôt enchainé avec le second tome : *The Barony Bet* (octobre 2020). Nouvelles planètes, nouveaux tropes. L’année 2026 commence bien…
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## Vendredi 02 janvier
Je commencerai mes rĂ©flexions littĂ©raires de l’annĂ©e avec le terme anglais « *upmarket* » (haut de gamme), qui permet de passer d’une conception binaire de la littĂ©rature, oĂą « commercial/genre » et « littĂ©raire » s’affrontent dans un combat stĂ©rile, et semble-t-il sans fin, depuis de nombreuses gĂ©nĂ©rations, Ă une vision plus fine, car ternaire, mais aussi plus floue, de la production littĂ©raire, oĂą « *upmarket* » s’insère entre les deux, prenant des caractĂ©ristiques de chaque camp et faisant la nique aux lexicographes amateurs.Â
L’*upmarket*, c’est du commercial littéraire, ou du littéraire commercial, c’est-à -dire bien écrit à l’histoire captivante. En France, Jean-Philippe Jaworski et Alain Damasio rentrent dans cette catégorie ; chez les anglophones, c’est Aliette De Bodard, Audrey Niffenegger ou Madeline Miller.
Les gouts et les exigences littéraires de chacun·e déterminent les frontières exactes de l’*upmarket*, mais tout le monde s’accorde à dire qu’il existe, pris en sandwich depuis 2009 (où le terme est apparu pour la première fois sous la plume de Chuck Sambuchino dans le *Writer’s Digest*), et qu’il n’est pas près de disparaitre. D’ailleurs, gageons que les critiques francophones importeront le terme très prochainement.
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## Samedi 03 janvier
L’hypocrisie de nos démocraties occidentales ne devrait plus nous surprendre, mais c’est toujours un choc de la voir à l’œuvre, visage découvert. En attaquant le Venezuela, Trump a violé le droit international ; nos dirigeants, paralysés par leur incompétence, ne disent mot et donc consentent. Le concept sacré de souveraineté, déjà mis à mal par la Russie, est piétiné par les États-Unis. Plus aucun État n’est à l’abri.
Sur Bluesky, peu nombreux sont les gens qui ont une pensée pour les Vénézuéliens, victimes, coup sur coup, de deux dictateurs ; on ne s’inquiète que pour le Groenland et le Canada, les prochains sur la liste du dérangé orange de Mar-a-Lago.
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