# Semaine du 12 janvier 2026 *Ces entrées appliquent l’orthographe rectifiée. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une édition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).* ## Mardi 13 janvier Maupassant dans la préface de *Pierre et Jean* : « *Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu’à ce qu’on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l’à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, même heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté.   On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau :*   “D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.”   *Il n’est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu’on nous impose aujourd’hui sous le nom d’écriture artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée ; mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d’un mot suivant la place qu’il occupe. Ayons moins de noms, de verbes et d’adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d’être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares* » --- ## Mercredi 14 janvier Pour reprendre une catégorie stylistique antique, Maupassant est donc le représentant de l’atticisme, qui a triomphé dans les lettres françaises depuis le 17e siècle. Simplicité, clarté et harmonie en sont les maitres mots. Le camp opposé, l’asianisme, où l’exubérance du verbe triomphe, a connu un succès moindre. Les exemples contemporains sont plus rares, mais facilement repérables. Pour n’en citer qu’un : Jean-Philippe Jaworski, qui se présente, d’ailleurs, comme l’héritier stylistique de Joris-Karl Huysmans et de Claude Simon. --- ## Jeudi 15 janvier La journée de travail à peine terminée, en route pour l’aéroport de Manchester où je vais passer la nuit, avant de m’envoler vers des cieux plus chauds (et, je l’espère, plus cléments). --- ## Vendredi 16 janvier Les deux dernières fois, j’ai voyagé depuis Heathrow, en pleine nuit. Cette année, ayant la flemme de descendre jusqu’à Londres, je pars de Manchester, mais l’avion décolle en milieu de matinée. Gageons que je dormirai peu. * Les ennuis commencent quand un couple de Britanniques s’assoit à côté de moi et s’excuse, à l’avance, pour le boucan qu’ils vont mettre (!). Et ça ne loupe pas : ces quinquagénaires se mettent à boire dès la première occasion, dérobant même la bouteille de vin blanc pendant que l’hôtesse a le dos tourné afin de se servir quelques verres supplémentaires.  C’est sans gêne, typiquement British.  Et ça parle fort, l’alcool déliant le peu de retenue qu’ils avaient. Puis, ça finit par s’endormir, terrassé, après avoir bu les 3/4 d’une bouteille chacun (car Cathay Pacific leur a servi un verre chaque fois qu’ils l’ont demandé)…  Enfin, un peu de silence — qui ne dure guère longtemps : ils se réveillent, leur vessie exige leur attention. Le visage impassible, je me lève pour les laisser passer. J’ai à peine eu le temps de me rassoir que la femme s’évanouit au milieu de l’allée.  Nous apprendrons quelques minutes plus tard qu’elle est infirmière. La honte absolue. Ne leur apprend-on pas les dangers de l’alcool ? --- ## Samedi 17 janvier Escale de cinq heures à l’aéroport de Hong Kong.  Ici, c’est le matin, le jour se lève à peine… Mais à la maison, c’est le milieu de la nuit. Et c’est aussi ce que me dit mon horloge interne. L’attente va être douloureusement longue. Pour tuer le temps dans cet immense terminal, je m’offre une gâterie : un mille-crêpes à l’Earl Grey et un thé oolong…  Et je regarde passer les voyageurs, imaginant leur vie dans cette métropole qui ne dort jamais… À la table voisine, un couple de lesbiennes. Elles sont nombreuses dans l’aéroport (voilà ce qu’un cerveau épuisé remarque sans effort). Plus tard, j’assisterai à un petit concert de musique du [Fusion Quintet](https://youtube.com/shorts/bVy3BDj3pW4?si=c78dn2Klb0j1cMca), dont la performance est déjà sur YouTube. Enfin, le vol pour Bangkok est annoncé. Je m’endors dès que je suis dans l'avion. --- ## Dimanche 18 janvier C’est la troisième fois que je viens ici, et je peux dire que j’aime Bangkok. Peut-être pas au point d’y vivre, certes, car c’est une immense métropole, une fourmilière infernale, où il est impossible d’être au calme.  En fait, j’aime Bangkok malgré elle. Elle représente tout ce que je n’aime pas : le bruit, la foule, la pollution… mais je n’en suis pas moins fasciné et mes brefs séjours y sont agréables. Cette fois-ci, c’est d’autant plus agréable que je revois une ancienne collègue et amie, que je n’ai pas vue en chair et en os depuis huit ans au moins. Nous parlons de tout, de nos chats, de sa nouvelle vie en Thaïlande, de mon retour éventuel en France, des couples lesbiens et des couples gays, de ChatGPT et de l’état du monde. --- [[Semaine du 2026-01-05|Semaine précédente]] - [[Semaine du 2026-01-19|Semaine suivante]]