# Semaine du 19 janvier 2026
*Ces entrées appliquent l’orthographe rectifiée. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une édition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).*
## Mardi 20 janvier
Quand j’avais visitĂ© la Birmanie en 2007, j’avais vraiment l’impression d’être Ă l’autre bout du monde et de faire l’expĂ©rience d’un mode de vie diffĂ©rent. Presque vingt ans plus tard, et dans le pays voisin, les bienfaits de la technologie sont indĂ©niables : elle nous permet de rester en contact avec nos proches. Des milliers de kilomètres nous sĂ©parent, mais je ne ressens plus la distance.Â
Je partage mes petites dĂ©couvertes, des moments souvent banals, sur WhatsApp. Je n’ai pas l’habitude de prendre des photos, mais cette fois-ci, je fais l’effort d’en envoyer Ă mes amis, Ă D. ou Ă ma mère. Aller Ă l’autre bout du monde n’a plus la mĂŞme signification. Il m’arrive mĂŞme d’oublier que le dĂ©calage horaire existe !Â
Quant au dépaysement, je l’avais vécu en Birmanie. J’y avais fait l’expérience de l’Altérité (et en ces lieux, l’Autre, c’était moi !), ce qui m’avait profondément marqué. Bangkok en 2026 m’offre ce que je connais déjà (H&M, Muji, Starbucks), mais dans un emballage un tantinet différent. Nous vivons vraiment dans un village mondial. Le capitalisme, même à la sauce locale, est familier. Tout se ressemble un peu.
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## Mercredi 21 janvier
Un vol prévu en début d'après-midi, c'est la garantie que toute la journée sera perdue à voyager d'un point A à un point B. Je le savais, mais je n'ai pas pu l'éviter. Tant pis, je suis ici pour me détendre et prendre les choses comme elles se présentent. Du coup, je flâne dans l'aéroport de Don Mueang en attendant mon vol pour Chiang Mai. Voilà l'activité du jour...
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Arrivé à la chambre que j'ai louée dans le quartier de Nimman, je m'aperçois que je suis dans le même *condominium* que l'an dernier. Mieux, je suis au même étage ! Mais au lieu de tourner à gauche à la sortie de l'ascenseur, cette année, je dois tourner à droite. On dirait le remake d'un épisode de *Doctor Who*.
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## Jeudi 22 janvier
Visite du Wat Suan Dok, le temple oĂą se trouvent les reliquaires des neuf Princes de Chiang Mai et leurs descendants. Il est situĂ© en face de la FacultĂ© de Pharmacie.Â
En me baladant sous la chaleur écrasante, je m’imagine quelques scènes d’un BL…
Les séries thaïlandaises sont très friandes de ces amourettes de campus, où le plus bel étudiant de la faculté (surnommé en anglais le *moon*, c’est-à -dire le gagnant du concours de beauté *Daw Duen* — *Star and Moon* — organisé dans certaines universités chaque année) tombe amoureux d’un étudiant lambda. Très souvent, en plus d’être beau, le *moon* est riche… D’ailleurs, pour asseoir sa richesse, il fait des études de médecine ou de dentisterie. (Je ne me souviens pas d’étudiants en pharmacie dans les BL. Ça ne doit pas être aussi réputé. Note à moi-même : il faudra creuser ce sujet.)
Bref, je m’égare… Le Wat Suan Dok offrirait un joli décor pour une scène de première rencontre entre le Moon et l’étudiant lambda.
Imagine. Le Moon y serait venu garer sa voiture de luxe ; l’étudiant lambda, pieux et désespéré, serait venu se recueillir auprès d’une relique du Bouddha (tout comme sa beauté, son intelligence serait médiocre et, à moins d’un miracle, il serait sur le point de rater ses partiels)… La chaleur écrasante jouerait un rôle clé : le quidam s’évanouirait dans les bras du Moon, qui deviendrait, après des péripéties rocambolesques, son tuteur. Pas besoin d’indiquer comment cette histoire finirait.
Retenons que le temple été fondé en 1370 par le roi Kue Na du royaume de Lanna pour le moine Sumana Thera. (Je sais, les BLs sont très légers côté détail historique, mais une romance d’Enzo Daumier se doit et de plaire et d’instruire.) Sumana Thera, originaire du royaume de Sukhothaï, est devenu célèbre pour ses visions. Un peu comme moi avec mes fantaisies boys love, mais lui, il voyait des reliques de Bouddha. Chacun son truc. *Who am I to judge?*
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## Vendredi 23 janvier
Mon BL imaginaire se poursuit, car aujourd’hui, sans préméditation de ma part (*I swear!*), j’ai traversé le campus de la Faculté de Médecine. Et j’ai vu des étudiants, en uniforme, assis à des tables de piquenique en train de rigoler, de flirter, de réviser, de vivre !
Cette marche a Ă©tĂ© tout aussi enrichissante et enthousiasmante que la visite d’un lieu touristique. S’approcher le plus possible de la vie de tous les jours, faire l’expĂ©rience du quotidien dans ce qu’il a de plus banal, me ravit. L’écrivain en moi observe, prend des notes, absorbe tout. Et si besoin, il comble les failles de l’observation par une bonne dose d’imagination (car les faits observĂ©s se suffisent rarement Ă eux-mĂŞmes, ils ont besoin d’une histoire pour les lier et leur donner du sens).Â
Si l’on veut raconter une romance qui se passe Ă l’étranger, il faut penser Ă ces petits dĂ©tails du quotidien pour Ă©viter de crĂ©er des dĂ©cors en carton-pâte. Il faut savoir ancrer l’histoire et les personnages dans un lieu. Beaucoup d’auteurices francophones ne s’en donnent pas la peine — leurs États-Unis (car ce sont souvent les États-Unis dans les M/M) n’ont pas d’âme ; iels oublient que le lieu est un personnage lui aussi, qui influence l’action et la psychĂ© des protagonistes. Ces romances sont dĂ©racinĂ©es et interchangeables — New York pourrait ĂŞtre Boston, Los Angeles San Francisco… Elles voient les États-Unis comme un monolithe, une mĂŞme culture, et oublient que ce pays est très grand, que les accents et les modes de vie sont multiples et variĂ©s, et qu’un personnage du Maine ne voit pas le monde de la mĂŞme manière qu’un personnage du Nouveau-Mexique.Â
La Thaïlande n’est en rien différente. La vie à Bangkok diffère de celle à Chiang Mai. Le climat, qui y est plus froid, influence différemment les humeurs des protagonistes. On n’y cause même pas la même langue : ici, on parle le *Kham Muang*, c’est-à -dire le thaï du Nord, le thaï septentrional ; et la population locale est l’héritière des coutumes de l’ancien royaume de Lanna… etcétéra, etcétéra. Pour que l’histoire sonne juste, il faut que le décor le soit pareillement.
J’ai terminé ma balade à une Japanese Tea House, à deux pas de ma chambre, où j’ai dégusté un thé Hojicha et une *Hokkaido ice-cream*, tous les deux délicieux. Non loin de moi, deux chats à la robe brune réclamaient leur pitance. Autour de leur cou, ils portaient, non une clochette, mais une véritable cloche. C’était tout aussi rigolo que charmant. Ou plutôt, c’était *kawaii*.
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## Samedi 24 janvier
Conseil de Terry Pratchett aux écrivain·es :
« Lisez avec l’état d’esprit d’un charpentier qui regarde les arbres. » (“*Read with the mindset of a carpenter looking at trees.*”)
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## Dimanche 25 janvier
Marche jusqu’à la vieille ville pour manger à nouveau à Goodsouls Kitchen, un restaurant végan que je recommande.
Au retour, je m’arrĂŞte au Wat Prasat, un petit temple charmant oĂą je trouve, accrochĂ©s Ă un arbre, deux conseils de vie :Â
1) « Les crises de la vie doivent être surmontées grâce à la pleine conscience et à la sagesse. »
2) « Ne laissez pas l’herbe pousser sous vos pieds »
Je médite le second, dont le sens m’est obscur de prime abord...
En effet, c’est une leçon que je devrais mettre en pratique plus souvent.
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