# Semaine du 09 février 2026 *Ces entrées appliquent l’orthographe rectifiée. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une édition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).* ## Lundi 09 février Une leçon que j’aimerais retenir : on peut travailler sans s’en faire. Maintenant qu’il n’y a plus d’enjeux à l’Université, j’aborde mon travail avec légèreté. Ce désintérêt, pour ainsi dire, est libérateur. Je me contente du minimum ; je fais ce que l’on me demande et je laisse aux autres le soin de régler les problèmes. Ce ne sont plus les miens. Dans quelques mois, si tout se passe comme prévu, je ne serai plus là. --- ## Jeudi 12 février Depuis dix ans, j’ai dans mes papiers quelques notes sur cette expérience relatée par [Mandy Len Catron](https://www.nytimes.com/2015/01/11/style/modern-love-to-fall-in-love-with-anyone-do-this.html) qui affirmait qu’il suffisait de poser une trentaine de questions intimes à quelqu’un pour qu’iel tombe amoureux·se. Le tout en seulement 45 minutes ! (Il y avait là matière à une novella.) À l’approche de la Saint Valentin, Viren Swami revisite cette expérience pour [The Conversation](https://theconversation.com/can-36-questions-really-change-your-love-life-273611). Il confirme que ça marche. En réalité, ces questions, plutôt que de susciter l’amour, favorisent l’intimité. Elles permettent de se faire des amis plus rapidement.  Pour que l’amour fleurisse, cependant, il faut bien davantage entre deux étrangers : un sentiment de loyauté, une dépendance émotionnelle ou du dévouement. Il faut aussi du respect (cela prend du temps), sans parler d’une certaine attirance physique. La passion ne saurait naitre d’une série de miniconfessions en moins d’une heure. Toutefois, il est intéressant de noter que ces questions renforcent le lien amoureux qui existe déjà entre des amants.  Elles permettent aussi de réduire les préjudices face aux étrangers :  « Dans une étude réalisée en 2015, des personnes hétérosexuelles ont participé à l’exercice “Fast Friends” avec un inconnu qui leur a révélé être gay ou lesbienne. À la fin de l’exercice, ces participants hétérosexuels ont déclaré ressentir un sentiment de proximité plus fort et avoir moins de préjugés sexuels qu’au début. D’autres études ont suggéré que cette procédure pourrait également réduire les préjugés raciaux et l’âgisme. » Au fond, je crois que les questions importent peu tant qu’elles permettent aux participants de se dévoiler. Ce qui importe, c’est le partage en toute honnêteté. Une conversation sans arrière-pensées, une connexion, la prise de conscience que l’autre est humain comme nous, que nous sommes tous dans le même bateau existentiel. --- ## Vendredi 13 février Il y a, au moins, deux écoles : la première considère que l’auteur doit rejoindre le lecteur là où il se trouve ; la seconde, que l’autrice est le centre de gravité de l’écriture et qu’il revient à la lectrice de faire l’effort initial.  La première école produit la littérature commerciale, souvent de genres, dont le but premier est de divertir les foules ; la seconde publie une littérature plus exigeante, à destination d’un public restreint, qui prend souvent un L majuscule pour se différencier des publications dites « de gare » ; elle se soucie moins d’accessibilité que de littérarité. --- ## Samedi 14 février *Food for thought* (trouvé sur Twitter - \@teachrobotslove) : « Discutez avec un groupe d’écrivains et, neuf fois sur dix, ils commenceront à se lamenter sur le fait que le problème avec leurs écrits qui ne se vendent pas, c’est qu’ils ne sont tout simplement pas doués pour le marketing, que personne ne leur donne leur chance, que la distribution n’est pas bonne, que les gens ne veulent acheter que des romans érotiques avec des vampires, etc. Jamais n’ai-je entendu, je crois, un écrivain faire une évaluation honnête de lui-même et dire : “Vous savez, mes écrits ne touchent tout simplement pas les gens, pour une raison ou une autre. Je devrais m’améliorer dans ce domaine.” Car dans 99 % des cas, c’est bien là le problème, et non le fait que l’écrivain soit un génie méconnu, victime d’un monde injuste. Les écrivains qui reconnaissent ce fait ont tendance à mieux réussir. Les autres continuent pour la plupart à se lamenter, à grincer des dents et à s’agiter pendant des décennies à propos de “l’injustice” du monde, sans jamais s’améliorer. » --- ## Dimanche 15 février Il y a beaucoup de *bullshit* sur les réseaux sociaux. Des effets d’annonce irritants, où la parole est corsetée et le sens malmené. Beaucoup de gens se regardent écrire (et s’écoutent parler). Leur choix de mots n’a qu’un seul but : impressionner. Ainsi, ça se contorsionne dans tous les sens ; c’est très artificiel ; la sincérité y est absente.  Je le remarque, en particulier, dans les publications francophones. Il existe bien un *bullshit* à la française. Une affectation du verbe insupportable. Où est la simplicité ? Où est le naturel ? --- [[Semaine du 2026-02-02|Semaine précédente]] - [[Semaine du 2026-02-16|Semaine suivante]]