# Semaine du 23 mars 2026
*Ces entrées appliquent l’orthographe rectifiée. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une édition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).*
## Mardi 24 mars
D. est parti en vacances. Moi aussi, je voudrais être loin. Notre grande maison semble bien vide. Seuls les chats me tiennent compagnie. Dehors, le ciel est changeant. Une minute il pleut ; plus tard, il fait un franc soleil. Le printemps est à l’image de mes humeurs.
---
## Jeudi 26 mars
Au Kashmir, entre les neuvième et onzième siècles, on comprenait la poésie ainsi :
« Ni aussi dénudés que les seins d’une femme d’Andhra,
ni aussi dissimulés que ceux d’une femme du Gujarat,
le sens de la poésie, à la fois partiellement caché et partiellement dévoilé,
se révèle comme les seins d’une femme du Maharashtra. »
Présentée ainsi, je ne crois pas que la poésie m’aurait beaucoup intéressé.
---
## Vendredi 27 mars
Puisque Harry Potter revient malheureusement sur le devant de la scène avec une nouvelle adaptation sans grand intérêt, rappelons ce que Le Guin pensait de la série de J.K. Rowling :
« Je n’\[en] ai pas une très bonne opinion. Le style est ordinaire, l’imagination n’a pas grande originalité et \[l’histoire] est plutôt mesquine. »
Peut-être que Le Guin n’aurait pas été étonnée de voir Rowling se transformer en Voldemort sur Twitter…
AS Byatt (1936-2023) écrivait pour sa part :
« Les sorciers d’Ursula K. Le Guin Ă©voluent dans un univers anthropologiquement cohĂ©rent oĂą la magie agit vĂ©ritablement comme une force. La forĂŞt enchantĂ©e de Mme Rowling n’a rien de commun avec ces mondes perdus. Elle est petite, se trouve dans l’enceinte de l’école, et n’est dangereuse que parce que l’autrice le dit.Â
À cet égard, c’est une magie de notre époque. Mme Rowling, je pense, s’adresse à une génération d’adultes qui n’a pas connu le mystère et qui s’en moque. Ce sont des habitants de la jungle urbaine, pas de la vraie nature sauvage. Ils n’ont pas les compétences pour distinguer la magie de pacotille de la vraie, car, enfants, ils investissaient quotidiennement cette pacotille de toute l’imagination dont ils disposaient. »
---
## Samedi 28 mars
Edgar Rice Burroughs écrivait en 1931, dans une lettre à Forrest J. Ackerman (jeune lecteur de 14 ans) :
« Mes récits ne vous feront aucun mal. S’ils ont contribué à vous inculquer l’amour des livres, ils auront fait beaucoup de bien. Aucune œuvre de fiction ne mérite d’être lue si ce n’est pour se divertir. Si elle divertit et qu’elle est saine, c’est de la bonne littérature, dans son genre. Si elle permet de développer l’habitude de la lecture chez des personnes qui, sans cela, ne liraient peut-être pas, c’est la meilleure littérature qui soit.
L’année dernière, j’ai suivi le programme de littérature anglaise prescrit pour mes deux fils, qui sont à l’université. Les lectures obligatoires semblaient avoir été choisies dans le seul but de détourner les jeunes des livres. La pédagogie a, semble-t-il, un problème universel : faire de l’acquisition du savoir une punition plutôt qu’un plaisir. »
---
## Dimanche 29 mars
Cet [entretien](https://www.youtube.com/watch?v=PAIhVfGbREA) avec l’historienne et autrice américaine Ada Palmer est fascinant. L’éloquence de cette dernière a de quoi impressionner : elle sait présenter la Renaissance italienne avec clarté ; c’est un don assez rare, même chez les universitaires. Deux heures de plaisir donc, où l’on apprend de nombreuses choses.
En particulier, elle rappelle que l’histoire est une série ininterrompue de progrès technologiques. Même au Moyen-Âge, on inventait constamment — chaque décennie connaissait sa révolution technologique (ici, le pastel ; là , la faux ou le canon). L’enseignement de l’histoire, avec sa division en siècles ou en grandes périodes historiques, efface ces bouleversements, créant l’illusion que rien d’intéressant n’a eu lieu pendant longtemps. Mais l’ingéniosité humaine avec sa soif de découvertes se retrouve à toutes les périodes : c’est une constante, protéiforme certes, loin d’être l’apanage de notre modernité.
Évidemment, ces dernières décennies, les changements se sont accélérés et les révolutions se comptent désormais en années, voire en mois. Mais l’impression de vivre des temps nouveaux n’est certainement pas réservée à notre génération : la diffusion des livres imprimés et des pamphlets a dû avoir un impact similaire à l’apparition de l’internet ; pour les intellectuels de l'époque, il y a eu un « avant » et un « après ».
---
[[Semaine du 2026-03-16|Semaine précédente]] - [[Semaine du 2026-03-30|Semaine suivante]]