# Semaine du 13 avril 2026
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## Mercredi 15 avril
En ce moment, je me plonge (et replonge) dans des séries chinoises. C’est très souvent un marathon ; il faut avoir la patience et l’énergie.
Quand j’aime un acteur ou une actrice, il n’est pas rare que je regarde plusieurs de ses séries à la suite. Cette semaine, j’ai revisité celles de Z. Tao : _The Brightest Star in the Sky_ (2019) avec Wu Qian et _Legally Romance_ (2022) avec Son Zu Er. La seconde est bien meilleure que la première ; toutes deux sont très divertissantes. Peu importe les rôles qu’il joue (une star à la réputation difficile ou un avocat génial), Z Tao est une tête à claques, sa voix agace, mais, pour une raison que j’ignore, ça le rend tout particulièrement sexy. Malheureusement, je n’ai pas réussi à rentrer dans ses autres séries.
Je suis donc passé à autre chose… et cet autre chose est _Love between Lines_, sorti en janvier de cette année, avec Chen Xing Xu et Lu Yu Xiao dans les rôles titres. Je n’ai pas regardé cette série en accéléré, comme c’est souvent le cas (les séries chinoises sont longues et rarement de bonne qualité tout du long). Vingt‑huit épisodes, tous intéressants, qui mêlent de manière originale une histoire de jeu de rôle grandeur nature dans la Chine républicaine et une romance dans « la vraie vie ». C’est très bien fait ; je me suis surpris à aimer les interactions des protagonistes dans le JDR. C'est peut-être là l'originalité de la série : parvenir à nous intéresser à une série de parties de jeu, où les personnages se manipulent, se trahissent et s'aiment inévitablement. Le couple secondaire se développe dans la seconde partie de la série — j’avais deviné sans mal l’arc narratif de la meilleure amie avant même qu’il ne commence. Ce sont là les supers-pouvoirs de l’écrivain, mais, une fois n’est pas coutume, mon plaisir n’en a pas été gâché pour autant.
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## Jeudi 16 avril
Les cerisiers du parc sont en fleur. Pour un peu, je me croirais dans un yaoi, ou une série coréenne. Il ne me manque plus que de trouver mon _hyung_ pour filer le parfait amour.
Ces rêveries d'un amour comme dans les séries sont aussi fugaces que les sakuras : dans quelques jours, les pétales seront tombés aux sols et les promeneurs les fouleront du pied. De cette beauté à couper le souffle, si romantique car si fragile, il ne restera plus rien.
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## Vendredi 17 avril
« Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement d’une autre. » (La Rochefoucauld, _Maximes_, 10)
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## Samedi 18 avril
Les usages dominants d’une langue ne correspondent pas toujours aux prescriptions et autres recommandations langagières. Nous connaissons bien ces dernières, car elles nous sont inculquées en classe, mais nous ne les appliquons que dans des contextes particuliers, le plus souvent à l’écrit ou lors d’occasions formelles (oraux d’examen, entretiens professionnels, etc.).
Deux exemples tirés de la vie de tous les jours : l’emploi de la négation « ne », superfétatoire à l’oral, presque obligatoire à l’écrit… ou bien la manière de structurer les questions (« tu vas où ? » au lieu de « où vas-tu ? »). Tous ces usages sont corrects en ce qu’ils sont valides ; seuls un professeur ou une pédante affirmeraient le contraire.
Puisqu’il s’agit de notre langue maternelle, nous n’y prêtons pas vraiment attention. Nous parlons spontanément, nos usages reflétant notre milieu social et culturel…
Les plus à plaindre sont, bien évidemment, les étudiants étrangers qui apprennent ce « bon usage » et font tous les efforts nécessaires pour le respecter, même quand les natifs eux-mêmes ne s’en donnent pas la peine.
Quand je suis venu m’installer ici, c'était mon cas avec l’anglais… En bon étudiant français, je connaissais mes verbes irréguliers sur le bout des doigts et il était hors de question que je puisse dire « _I dreamed_ » au lieu de « _I dreamt_ », ou encore « _It is spelled_ » au lieu de « _It is spelt_ »… Quinze ans plus tard, je considère les formes irrégulières comme les seules correctes, mais l’emploi des formes régulières ne me hérisse plus le poil. Je ne ressens plus ce sentiment d'injustice — celui que l'on éprouve quand on suit des conventions que personne d'autre ne semble suivre.
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## Dimanche 19 avril
« J’ai le même éditeur depuis 1967. Au fil des ans, il m’a souvent dit ou demandé : “Pourquoi utilises-tu ici un point-virgule à la place d’un deux-points ?” Et, au fil des ans, je lui ai souvent répondu des choses du genre : “Je ne t’adresserai plus jamais la parole. Pour toujours. Adieu. C’est fini. Merci beaucoup.” Et je pars. Puis je relis le texte et je repense à ses suggestions. Je lui envoie un télégramme qui dit : “OK, tu as raison. Et alors ? Ne m’en parle plus jamais. Si tu le fais, je ne t’adresserai plus la parole”. » (Maya Angelou)
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