# Semaine du 15 juin 2026
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## Mercredi 17 juin
Je suis allé rendre visite à mes anciens collègues. Une dernière fois. Je n’ai pas encore tourné la page. Spontanément, j’ai partagé conseils et astuces, essayé de résoudre un problème technique (en vain) et rappelé ce qui devait être fait dans les semaines à venir.
En quelques mois, l’équipe, qui travaillait très efficacement, a perdu une grande partie de ses compétences et de son savoir technique. Je ne suis pas le premier à partir : avant moi, il y a eu le départ à la retraite de mon chef, la mutation d’une collègue qui n’a pas supporté la manière dont elle et moi avions été traités l’année dernière, et le congé maternité d’une autre. Il ne reste plus que des nouveaux venus sans expérience ou des incompétents.
J’ai consacré huit années à cette équipe. La voir dans cet état laisse un gout amer — mais je ne peux nier que j’éprouve _aussi_ une forme de satisfaction perverse à voir l’édifice que nous avions patiemment et péniblement construit s’effondrer ainsi en _slow motion_.
Le management n’apprécie la valeur de ses subordonnés que lorsqu’ils sont partis. C’est la dure loi du monde du travail. Il est grand temps que je l’accepte et adapte ma conduite conséquemment.
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## Jeudi 18 juin
L’infortune perdure. Nous venons de recevoir un appel de l’agence immobilière : les acheteurs se retirent à la dernière minute. Comme la pratique du sous-seing privé n’existe pas en Angleterre, nous nous retrouvons le bec dans l’eau, sans aucune compensation financière. Leur excuse est fallacieuse ; ils ont dû trouver un autre bien, moins cher, ailleurs, mais n’ont pas le courage de le dire. Je préfère la franchise, même quand elle déplait, aux mensonges. Qu’ils soient maudits sur trois générations !
Il n’y a rien que nous puissions faire, si ce n’est tourner la page et avancer. Nous avons remis la maison sur le marché. Des visites sont déjà programmées. Nous trouverons un nouvel acheteur ; le troisième sera le bon. On y croit !
Évidemment, c’est agaçant. S’ils s’étaient désistés plus tôt, D. aurait repris la maison (et assumer ses charges) pour quelques mois au lieu de déménager.
Il est déjà parti ; je déménage la semaine prochaine. Nous allons payer pour une maison vide. Pour rien.
Mais le plus frustrant, c’est que nous repartons de zéro, et même avec un nouvel acquéreur, il est impossible d’accélérer la vente : le processus dure quatre à six mois, quoi que l’on fasse.
Vraiment, je ne regretterai pas l’Angleterre !
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## Vendredi 19 juin
Les chats ont maintenant leur passeport pour voyager. Cette petite bagatelle (douze pages tamponnées et signées à plusieurs reprises par le vétérinaire) m’aura couté plus de 400 £.
Les démarches administratives sont sans fin. À peine ai-je fourni un justificatif qu’il faut en envoyer un autre ! Tout ça pour prouver qu’aucune taxe d’importation n’est due à l’État français. Non, je ne vends pas mes chats. Ils sont à moi, je les garde. Merci bien.
Même chose pour mon déménagement. Je dois démontrer que je vais _vraiment_ habiter en France et que j’envoie mes meubles, mes livres et mes habits à ma nouvelle résidence principale (et non à une résidence secondaire, ou ailleurs, où ils seraient soumis au droit de douane). Quelle patience il faut avoir ! Heureusement pour moi, j’ai dû être moine zen dans une vie antérieure.
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## Samedi 20 juin
Dans _Flourished Peony_ (国色芳华, 2025) et _In the Name of the Blossom_ (锦绣芳华, 2025), la protagoniste, Mu Dan (Pivoine), est une horticultrice de talent qui doit lutter contre les préjugés d’une société patriarcale et misogyne. Tout au long de ses aventures, elles rencontrent plusieurs personnages féminins à la destinée tragique. Des femmes, souvent battues par leur mari, dénigrées par leur famille, aux aspirations fragiles. Mu Dan leur apporte de l’aide, les incitant à prendre en charge leur destinée, mais trop souvent, elles refusent et retournent à ce qu’elles connaissent : la violence patriarcale, cruelle mais familière, et donc rassurante.
Cette série se passe sous la dynastie Tang (huitième et neuvième siècles de l’ère commune), mais de telles tragédies ne sont pas propres à cette période historique ni à cette région du monde. On les retrouve dans toutes les sociétés où les femmes sont assujetties aux caprices des hommes.
Ces deux saisons ne se contentent pas de mettre en scène des hommes violents et sans pitié, elles soulignent aussi la servitude volontaire des femmes : entre liberté et soumission, celles-ci choisissent le chemin familier de l’asservissement et du sacrifice. Elles n’osent pas rêver en grand ; elles n’osent pas croire à des jours meilleurs.
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## Dimanche 21 juin
On ne sort pas des chemins battus avec facilité. Dès le plus jeune âge, la société nous force à suivre une certaine voie, à nous comporter d’une certaine manière. De ce point de vue, nous sommes tous ses victimes, même quand le sort nous favorise et que nous faisons partie du groupe dominant.
Toute déviation se fait dans la douleur.
Même quand on est capable d’imaginer une autre vie (et tout le monde ne le peut pas !), il faut avoir le courage de croire en cette vision et en sa légitimité. La plupart d’entre nous échouent et nous retournons nous réfugier dans le conformisme le plus rassurant, même quand il nous asphyxie. Ou pire.
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