# Semaine du 03 aoĂ»t 2026 *Ces entrĂ©es appliquent l’orthographe rectifiĂ©e. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une Ă©dition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).* ## Mardi 04 aoĂ»t Les Ă©checs (_chess_) et l’échec (_failure_) sont un seul et mĂȘme mot. Ce n’est pas toujours Ă©vident pour nos contemporain·es car le pluriel dĂ©signe, par mĂ©tonymie, un jeu de stratĂ©gie et le singulier, employĂ© plus frĂ©quemment encore, dĂ©note l’absence de rĂ©ussite. (En GuinĂ©e, l’expression _faire Ă©chec_ signifie tout simplement Ă©chouer.) L’origine persane du mot est controversĂ©e (_ƥāh mat_ pour annoncer que « le roi est mort », cf. « échec et mat »). Il se pourrait qu’*Ă©chec* vienne du francique _*skak_ (« butin, prise »), toujours employĂ© dans le contexte du jeu, puisque le but est de s’emparer des piĂšces de l’adversaire. Comment est-on passĂ© du jeu au sens figurĂ© le plus commun ? Vraisemblablement via l’expression « ĂȘtre Ă©chec », qui dĂ©signe au 12Ăšme siĂšcle une situation oĂč le roi ou la reine sont menacĂ©s d’ĂȘtre pris par l’adversaire (ce qui mĂšnera Ă  la dĂ©faite). Comme nous le savons toustes, les Ă©checs se jouent sur un plateau nommĂ© l’échiquier. C’est ce mot qui est Ă  l’origine de l’_Exchequer_ britannique : le _Chancellor of the Exchequer_ est le ministre des Finances. Le glissement mĂ©tonymique viendrait du fait que les banquiers au moyen Ăąge utilisaient un tapis quadrillĂ© qui ressemblait au plateau du jeu. L’échiquier, avant d’ĂȘtre employĂ© pour dĂ©signer l’administration financiĂšre Ă©tatique britannique, Ă©tait utilisĂ© comme synonyme de la Cour de justice, en Normandie par exemple. Il y aurait ainsi un lien avec le verbe _to check_ (vĂ©rifier, rĂ©primer, mettre en Ă©chec). L’ancien lorrain a le verbe _exchaquer_, « taxer (les amendes) ». Le _Dictionnaire Historique de la Langue Française_ (2017), d’oĂč je tire ces informations, m’apprend que l’adjectif _Ă©chiquetĂ©_ appartient Ă  la mĂȘme famille. Autre adjectif intĂ©ressant, nĂ© au 20Ăšme siĂšcle celui-ci : _Ă©chiquĂ©en_, pour dĂ©signer tout ce qui est relatif aux Ă©checs. --- ## Mercredi 05 aoĂ»t Coexistent en moi la crainte de vieillir seul et le refus catĂ©gorique de me remettre en couple. Le temps fera le tri dans ces Ă©motions contraires. Que je le veuille ou non, le destin tranchera. Le destin tranche toujours. C’est la raison pour laquelle je me retrouve en France : je n’avais pas envie de revenir, mais je n’avais pas plus envie de rester. Depuis le Brexit, je m’étais lassĂ© de l’Angleterre. Petit Ă  petit, mon retour dans l’Hexagone s’est mis en place, presque malgrĂ© moi. Quand il a fallu prendre une dĂ©cision, j’ai rĂ©alisĂ© qu’elle avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prise. --- ## Jeudi 06 aoĂ»t En mai dernier, c'Ă©tait les cinquante ans de la mort de Thomas Burnett Swann, un Ă©crivain qui a beaucoup comptĂ© pour moi. Et je suis content de voir que je ne suis pas le seul Ă  suspecter qu'il ait Ă©tĂ© homo ou bisexuel : "Les lecteurs ont bien sĂ»r perçu dans les Ă©crits de Swann des indices laissant entendre qu’il Ă©tait lui-mĂȘme homosexuel. À un ami, il dĂ©crivit *How Are the Mighty Fallen* (1) comme son livre le plus personnel. À un autre, il expliqua qu’il ne s’était pas mariĂ© parce qu’aucune femme n’accepterait de passer aprĂšs son Ă©criture, son vĂ©ritable amour. Mais les lettres et les articles parus dans des fanzines de la fin des annĂ©es 1970, rĂ©digĂ©s par des proches de l’auteur, regorgent d’allusions et d’euphĂ©mismes qui laissent entrevoir la sexualitĂ© de Swann. Certains ont mĂȘme reconnu en Swann un Ă©crivain gay mĂ©connu des littĂ©ratures de genre. Plus rĂ©cemment, dans un numĂ©ro de *Foundation* de 2020, l’auteur de science-fiction Geoff Ryman a racontĂ© l’influence que Swann avait eue sur sa propre dĂ©couverte de soi, plusieurs dĂ©cennies plus tĂŽt, alors qu’il lisait *The Manor of Roses* (1966 ; dĂ©veloppĂ© par la suite dans [*The Tournament of Thorns*](https://seanguynes.com/2025/03/22/reading-the-tournament-of-thorns-by-thomas-burnett-swann/) de 1976), une histoire de dĂ©sir gay frustrĂ©, implicite, mais sans subtilitĂ©." ([Sean Guynes](https://lareviewofbooks.org/article/thomas-burnett-swann-fantasy-sf-queer-romance-wolfwinter/), *Los Angeles Review of Books*, 18 avril 2026) (1) *How Are the Mighty Fallen* (1974, _Plus grands sont les hĂ©ros_) est une réécriture du mythe biblique de David et de Jonathan, oĂč les deux protagonistes sont amants. --- ## Vendredi 07 aoĂ»t L’annĂ©e derniĂšre, j’avais comme idĂ©e de passer cette annĂ©e Ă  lire l’Ɠuvre intĂ©grale de Swann et de proposer une sĂ©rie d’articles Ă  son sujet. Je n’ai pas tous ses romans en anglais, mais ma collection ne doit pas ĂȘtre loin d’ĂȘtre complĂšte. Il doit me manquer un ou deux ouvrages, ainsi que toute sa poĂ©sie (cinq recueils) et son Ɠuvre critique (six monographies, principalement sur des poĂštes). Mais ne dĂ©sespĂ©rons pas : l’occasion de se replonger dans Swann va se reprĂ©senter dans deux ans, Ă  l’occasion du centenaire de sa naissance. D’ailleurs, 2028 marquera aussi les dix ans de la mort de Le Guin. Une annĂ©e ne sera pas de trop pour honorer les deux piliers de mon panthĂ©on littĂ©raire. --- ## Dimanche 09 aoĂ»t « On peut avoir beaucoup d'esprit, de l'instruction mĂȘme, et manquer de jugement ; or, le premier indice d'un dĂ©faut dans le jugement, c'est de croire le sien infaillible. » (Allan Kardec, *Le Livre des Esprits*) --- [[Semaine du 2026-07-27|Semaine prĂ©cĂ©dente]] - [[Semaine du 2026-08-10|Semaine suivante]]