# Semaine du 24 août 2026
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## Mercredi 26 août
Dolly Parton est morte hier à l’âge vénérable de 80 ans. Ce qui est le plus marquant à son sujet, c’est peut-être sa personnalité hors norme. Une artiste généreuse, vive d’esprit et drôle. Une belle âme comme on en voit peu dans les médias. Évidemment, j’aurais préféré qu’un autre octogénaire passe l’arme à gauche — mais il est vrai que les âmes hideuses et mesquines s’accrochent plus longtemps à notre Terre que les âmes légères, lumineuses et compatissantes. *Farewell and rest in peace.*
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## Jeudi 27 août
_Story of Yanxi Palace_ (延禧攻略, 2018) est une série chinoise historique de soixante-dix épisodes (!) de quarante-cinq minutes. Intéressante de bout en bout, l’histoire suit la jeune Wei Ying Luo, qui entre dans la Cité Interdite afin de démasquer les meurtriers de sa sœur.
Pour un Occidental aussi ignorant que je le suis de l’histoire impériale chinoise, l’expérience a été très intéressante, car trompeuse.
Durant un tiers de la série, j’ai été berné par les scénaristes qui m’ont fait m’intéresser à l’histoire d’amour bourgeonnante entre Ying Luo et Fuca Fu Heng, le frère de l’impératrice. Une histoire d’amour qui, _spoiler alert_, ne mènera à rien, car la véritable histoire d’amour concerne Ying Luo et l’Empereur Qian Long. D’ailleurs, tous les indices sont là  : les scénaristes suivent les _beats_ de la romance traditionnelle et reprennent des tropes attendus (_enemies to lovers_, etc.)… Malheureusement, je n’ai pas pris ces indices au sérieux, car j’ai fait une erreur d’interprétation : Fu Heng, présenté dès le départ comme le _male lead_ de cette romance historique, n’est en fait qu’un personnage secondaire. C’est l’Empereur qui finira avec Ying Luo et aura une histoire d’amour très compliquée avec cette dernière.
Évidemment, ce choix d’écriture, s’il se justifie en partie par les faits historiques (Ying Luo a été une des impératrices de Qian Long), s’explique aussi par le fait que la relation entre l’empereur et la protagoniste ne se développera vraiment qu’après la mort de l’impératrice Fuca Rong Yin. Ils ont donc fait le choix de dépeindre une histoire d’amour frustrée tout au début afin de rendre les choses plus intéressantes (ou agréables) — en contrepoint bienvenu aux nombreuses intrigues et tentatives d’assassinat qui rendent l’atmosphère oppressante dans le premier tiers de la série.
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## Vendredi 28 août
Cette ambigüité, d’ailleurs, sera cultivée jusqu’au dernier épisode : Fu Heng reste amoureux de Ying Luo jusqu’à sa mort (il est présenté comme un parangon de vertu masculine, à la fidélité chaste, quelque peu extrême)… Ying Luo, pour sa part, se montre très froide envers l’Empereur, qu’elle manipule sans cesse pour, au final, capturer son cœur.
Quel homme a-t-elle vraiment aimé ? Difficile à dire (ses ennemies ne cessent de répéter qu’elle n’aime personne d’autre qu’elle-même). Était-elle encore amoureuse de Fu Heng ? Certainement, même si elle ne lui avait pas pardonné l'erreur de jugement à l'origine de leur rupture.
La romance traditionnelle simplifie, ou cristallise, l’expérience humaine : _girl meets boy_, ils tombent amoureux, rien d’autre n’existe en dehors de ces sentiments intenses, et, après une série d’aventures et de mésaventures, ils se marient et la puissance de leur amour engendre une ribambelle de gamins.
La réalité est tout autre (et une série historique puise son contenu dans cette réalité) : _girl meets boy_, mais ils ne peuvent pas se marier, puis il fait une connerie, et ils se séparent, un autre _boy_ arrive — il est plus grand, plus fort et moins fidèle, car il a un harem — et vole la demoiselle, car c’est le _king_ de la cour et qu’elle n’a pas le choix. Alors, la jeune fille essaye de survivre et s’attache à lui, et en échange, elle reçoit pouvoir et richesse, et la dévotion quelque peu difficile d’un mari jaloux. Dans la réalité, l’amour est périssable et la passion s’émousse avec le temps, alors pourquoi ne pas devenir impératrice à la place ?
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## Samedi 29 août
C'est une vérité universellement reconnue que j'arrive souvent après la bataille.
Mais c'est avec le coeur brisé que je dois rapporter ici que le mode conditionnel en français n'est plus. Depuis 2021, suivant la recommandation des linguistes, l'Education Nationale, dans sa *Terminologie grammaticale*, indique que le conditionnel présent et le conditionnel passé sont des temps de l'indicatif... Ils ne méritent plus d'avoir un mode dédié, car leur morphologie ne diffère guère de celle du futur (coincé dans le mode indicatif depuis ses origines, lui).
Bref, c'est l'équivalent linguistique français de la rétrogradation de Pluton en planète naine.
Le « dictionnaire des conjugaisons » d’Antidote a non seulement pris en compte cette nouvelle classification mais propose aussi quatre temps que l'on étudie ou mentionne rarement à l'école (à l'exception du premier), et qui appartiennent tous à la catégorie des temps périphrastiques : le futur proche, le passé proche, le passé prospectif et le passé rétrospectif. Cet ajout me met du baume au coeur ; nous avons peut-être perdu un mode mais nous avons gagné le passé prospectif et le passé rétrospectif, deux temps bien *badass*.
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## Dimanche 30 août
Tiens, _badass_ me fait penser au verbe bader, que nous utilisons dans le Midi, non pour désigner l’état de malaise, de tristesse, d’inquiétude ou d’angoisse que l’on peut éprouver (nous laissons ces expériences réjouissantes aux Parisiens), mais comme synonyme de rêvasser, de rester bouche bée, voire de flâner ou d’errer sans but…
Le sens parisien vient de l’anglais _bad_ alors que le sens employé dans le Sud de la France vient de l’occitan « _badar_ ».
Notre emploi de _bader_ témoigne donc de la supériorité du Sud sur le Nord, au même titre que notre aptitude naturelle à distinguer _brin_ de _brun_ et à préférer chocolatine à pain au chocolat.
Notons qu’il existe même un troisième sens, employé en Tourraine et en Normandie, pour désigner le bavardage ou l’action de parler pour ne rien dire (d’après l’ancien français _bader_).
Bonne chance donc — et bon courage — à celui ou celle qui veut comprendre une phrase aussi simple que « je bade » en français.
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