# Semaine du 07 septembre 2026 *Ces entrĂ©es appliquent l’orthographe rectifiĂ©e. Adieu les petits accents circonflexes ! Pour recevoir gratuitement ma newsletter qui propose une Ă©dition mensuelle de ce Journal, c'est par [ici](https://enzodaumier.substack.com).* ## Mercredi 09 septembre « Il est important de garder ces faits Ă  l’esprit et de rĂ©parer les crimes du passĂ© — mais tout comme on ne peut pas ĂȘtre en vie sans avoir un impact sur l’environnement, on ne peut pas non plus ĂȘtre en vie sans entrer en contact avec les vestiges de monstres, qu’ils soient modernes ou anciens. Quiconque prĂ©tend mener une vie qui ne soit pas imprĂ©gnĂ©e de sang, ancien ou rĂ©cent, s’illusionne. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour rĂ©parer les torts, bien sĂ»r, mais si vous ne vous autorisez Ă  agir que de maniĂšre Ă  Ă©viter tout contact avec le fruit du pĂ©chĂ©, vous ne ferez _rien_, et encore moins quoi que ce soit pour rĂ©parer les torts. » (Cory Doctorow, ‘[_Technopolitics_](https://locusmag.com/feature/commentary-cory-doctorow-technopolitics/)’) --- ## Jeudi 10 septembre L’automne arrive et je me remets Ă  la lecture. Je viens de commencer _The Unmagical Life of Briar Jones_ (2026), de Lex Croucher. PrĂ©sentation de l’éditeur : « Briar avait toujours rĂȘvĂ© d’intĂ©grer la Temple School of Thaumaturgy, cet internat prestigieux qui a formĂ© tant de PDG et de Premiers ministres britanniques, et dont on dit depuis longtemps qu’on y enseigne la magie. Sebastian, le meilleur ami de Briar, souhaitait simplement qu’ils restent ensemble pour toujours. Lorsque Sebastian reçoit une lettre d’admission et pas Briar, leur relation vole en Ă©clats
 jusqu’à ce que, Ă  dix-huit ans, Briar dĂ©croche un job d’étĂ© consistant Ă  trier les vieilleries magiques qui encombrent le grenier de Temple, et dĂ©couvre que Sebastian, ce garçon calme et sensible qu’iel aimait autrefois plus que tout au monde, est devenu le mĂ©chant de l’histoire. » C’est Ă©videmment du « dark academia ». Tous les personnages sont d’une moralitĂ© ambigĂŒe ; ils sont tantĂŽt cruels tantĂŽt dĂ©pressifs. Victimes et bourreaux Ă  tour de rĂŽle. Et c’est la magie qui justifie ici un systĂšme scolaire reposant sur le harcĂšlement le plus vicieux. À lire. --- ## Vendredi 11 septembre Ce matin, les mots me manquent. Je ne sais plus Ă©crire. Je me sens bĂȘte, bĂȘte, bĂȘte. Un Alzheimer prĂ©coce ? Peut-ĂȘtre, qui sait. Sans les mots, il n’y a pas de pensĂ©es. Un Ă©crivain sans paroles
 Heureusement, diront certains, il y a toujours l’IA
 Ah ! Cette fameuse IA qui promet de nous exterminer d’ici 2030 ! Plus vite encore que la crise climatique. PlutĂŽt mourir (en effet). Je prĂ©fĂšre l’impotence Ă  l’IA. Je prĂ©fĂšre la page blanche, le silence et le vide sidĂ©ral. Si les mots m’ont quittĂ© pour toujours, je remiserai mon chapeau d’écrivain et embrasserai pleinement mon Ăąme de drama queen. --- ## Samedi 12 septembre _Don’t Be Too Emotional_ (àž­àžąàčˆàžČàž‚àž­àžžàž”àčˆàč€àžˆàž™, 2026) est un BL typique : l’imaginaire l’emporte sur le principe de rĂ©alitĂ©. Ici, il s’agit d’une fantaisie de type psychologique, qui fantasme sur la figure du bad boy. C’est de la romance Schrödinger : le protagoniste est Ă  la fois _red flag_ et _green flag_. L’histoire est tissĂ©e de malentendus et de faux-semblants, surtout dans la premiĂšre partie, et procure tous les frissons attendus : qui n’a pas rĂȘvĂ© d’ĂȘtre l’amant adulĂ© d’un bad boy ? Je ne suis pas allergique Ă  ce genre d’histoires, bien au contraire : la littĂ©rature (ou ses adaptations Ă  l’écran) ne devrait pas se limiter Ă  une conception Ă©triquĂ©e de la rĂ©alitĂ©. Seule la vraisemblance importe
 et l’avantage avec la vraisemblance, c’est qu’elle est Ă  gĂ©omĂ©trie variable. C’est le traitement de l’histoire, c’est-Ă -dire la maniĂšre de prĂ©senter les choses, bien plus que le contenu en lui-mĂȘme, qui dĂ©termine si le rĂ©sultat est vraisemblable. C’est bien sur ce point que _Don’t Be Too Emotional_ pĂšche : on a l’impression que l’histoire est malmenĂ©e, qu’on force sur les personnages et sur les situations des interprĂ©tations fumeuses, sans finesse aucune, dans le seul but de procurer artificiellement des frissons. Pourtant, la sĂ©rie est intĂ©ressante et se regarde sans mal, malgrĂ© quelques grincements de dents occasionnels et plusieurs roulements d’yeux consternĂ©s. La seconde partie est plus conventionnelle, car les scĂ©naristes ont dĂ©passĂ© leur idĂ©e de dĂ©part : le protagoniste n’est plus un *red flag* (c’est son amant qui n’avait rien compris, bah tiens). Ça devient peut-ĂȘtre moins intĂ©ressant aussi : toute romance a ceci d’ennuyeux qu’on peut facilement en prĂ©dire la fin. --- ## Dimanche 13 septembre Puisque je parle des fins prĂ©visibles des romances, mention particuliĂšre pour _Your Summer, My Storm_ (ć€è‰Čたé›ČăŒæ‹ăšć”ă‚’ăŸăăŠă“ă™, 2026), un BL japonais que j’ai regardĂ© hier et que j’ai tout particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©. Comme l’indique son titre, l’histoire se passe durant l’étĂ© et raconte l’éveil amoureux agitĂ© d’un lycĂ©en sur le point d'entrer Ă  l’universitĂ©, Takemiya Natsuki. Les BLs japonais, toujours _quirky_, ont un charme Ă  part. Celui-ci ne fait pas exception. Les personnages secondaires (parents, amis des parents, voisins, etc.) sont particuliĂšrement bien faits. L’ambiance est agrĂ©able et cosy. Il n’y a pas de angst, malgrĂ© quelques tensions familiales lors du comingout de Natsuki. Il s’agit bien d’une romance, mĂȘme si la fin est atypique. Attention divulgĂąchage : les protagonistes tombent bien amoureux mais ne finissent pas ensemble. Ils font le choix intĂ©ressant et original de ne pas clarifier leur relation. C’est un HFN (_Happy For Now_) doux-amer, avec la promesse de retrouvailles, et donc d’un bonheur futur (peut-ĂȘtre pour une saison 2 ?). --- [[Semaine du 2026-08-31|Semaine prĂ©cĂ©dente]] - [[Semaine du 2026-09-14|Semaine suivante]]