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# Vendredi 14 août 2020
# La réinvention de soi
Commencé, ce matin, la lecture de *Retour à Reims* d’Eridon.
Un peu agacé à la lecture des deux premiers chapitres (et de l’intro-interview d’Edouard Louis) par le fait qu’Eridon soit le produit de la classe intellectuelle bourgeoise, même s’il est issu de la classe ouvrière. Dans ces premières pages, l’intro présente la réinvention de soi comme quelque chose de noble, d’héroïque, mais elle est une forme d’échec, surtout lorsqu’elle se traduit par l’acquisition intégrale des caractéristiques d’une autre classe sociale, comme si la personne suivait un manuel à la lettre.
Se réinventer, c’est s’affranchir non seulement de son milieu d’origine, mais c’est aussi tracer son propre chemin et non emprunter celui des autres. Il faut donc apprendre à se libérer de son modèle. Cette réinvention, surtout quand on est un jeune homme gay qui quitte sa province, est consciente. Elle est désirée, souvent nécessaire et vitale, mais il faut apprendre à être en paix avec ses origines. Le rejet n’est pas sain. L’intransigeance est une forme de faiblesse, qui se pare des oripeaux de la force. Voir le monde en blanc ou en noir, c’est facile. L’effort est limité : il suffit de décider une fois pour toute dans quel camp on doit se situer. Habiter dans un monde de nuances, dans un gris perpétuel, c’est plus difficile. Ça nécessite de négocier constamment avec la réalité, avec ses idéaux, avec ses ambitions. Se réinventer pour devenir soi-même et non pas un autre. Trier constamment ce qui mérite d’être gardé dans le legs de son enfance. Construire une identité unique et accepter de ne jamais appartenir à un groupe trop défini. Accepter que le confort du ​*belonging*​, c’est bon pour les autres, mais pas pour soi.
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