# 2012... Quid de la santé ? (6 janvier 2012) C’est la nouvelle année et vous ne vous sentez pas trop bien. Vous n’auriez pas dû abuser de l’alcool et finir vomissant dans le caniveau, à trois heures du matin, après avoir oublié votre veste chez les amis qui vous ont si gentiment soûlé. Sur le moment, l’esprit brumeux, vous vous dites vaguement que vous allez attraper la mort mais que diable, vous êtes trop occupé à redécorer la rue pour pouvoir y changer quoi que ce soit. Vous vous rappelez avec émotion le beau feu d’artifice qui a illuminé le ciel londonien et vos exclamations enthousiastes (un peu trop peut-être) : « Oh la belle bleue ! » – et vas-y que je finis le verre de Vodka de Peter, « Oh la belle rouuuge ! », Marta n’aurait vraiment pas dû me resservir de ce délicieux punch. Vous regardez votre verre : il est déjà vide. Et tandis que le ciel explosait dans une pluie dorée, vous titubiez avec un air des plus dignes jusqu’à la bouteille de Whisky en vous disant que ça faisait bien longtemps vous n’en aviez pas dégusté un verre – oui, car sur le moment, c’est bien le verbe déguster qui vous est venu à l’esprit. Vomissant tripes et boyaux, vous pourriez avoir honte de vous. Rassurez-vous, vous êtes à Londres, vos chants digestifs se font en chorale ; tout autour de vous, c’est une foule d’anglais imbibés qui s’applique à donner à la capitale un aspect organico-gastrique pour le jour de l’an. Le lendemain matin (ou est-ce déjà le surlendemain ?), vous vous réveillez dans votre lit, ne vous rappelant pas comment diantre vous avez pu arriver là – ceci dit, 2012 commence bien puisqu’il s’agit de votre lit et non celui d’un ou d’une quelconque inconnue… Après cette pensée réjouissante mais fugace, vous comprenez votre douleur et dégustez pour la deuxième fois votre verre de whisky… Vous vous émerveillez sur le fait que l’expression « avoir mal aux cheveux » est physiologiquement tout à fait exacte… Dire que vous n’êtes pas bien est un euphémisme des plus délicieux en ce début de nouvelle année et vous vous réjouissez (car vous êtes vraiment du genre optimiste) que personne ne vous tienne compagnie et voie votre état lamentable – une huitre putride peut à ce moment-là se targuer de posséder un plus grand sex-appeal que vous. Après trois essais infructueux, vous parvenez à vous extraire de votre tombeau et vous allez tout droit à votre boîte à pharmacie. Le drame retentit (si vous voulez savoir le bruit du drame, c’est un mélange entre un gémissement et un « Noooooon » qui monte vers les aigus) : vous n’avez plus de cachets pour lutter contre cette céphalée coriace (ce mal de tête qui vous semble durer depuis une éternité). Pourtant vous aviez gardé les boîtes, si bien que durant quelques secondes le soulagement avait pu se lire sur votre visage ! Ça vous apprendra à ne pas faire le ménage dans votre pharmacie. Vous n’avez qu’une seule envie, c’est de pleurer… mais vous vous dites qu’au vu de votre état, ce serait peu judicieux et ne ferait que renforcer ce mal au crâne (là encore, vous ne doutez plus qu’un os puisse être douloureux). Et pour couronner le tout, vous sentez votre gorge qui gratouille et vous vous demandez si par hasard votre température corporelle ne serait pas trop élevée. Une idée traverse soudainement tel un astéroïde le ciel de votre pensée : mais évidemment ! Non loin de votre chambre misérable, il y a Boots ! Et telle une Sainte de la Renaissance au bord de l’extase, vous vous écriez : « La paix de Boots ! La paix de Boots ! ». Vous êtes plus joyeux que les Rois Mages le jour de Noël. Sur votre visage livide, les stigmates d’une épiphanie apparaissent. Ni une, ni deux (mais peut-être après la 3e ou la 4e), vous vous habillez et filez (c’est un bien grand mot pour décrire votre avancée d’escargot mollasson) vers ce Graal fait magasin, vers ce temple de la Santé moderne, vers le bleu de Boots ! Sa lumière vous réchauffe déjà le cœur et vous humez avec délice les douces fragrances des premiers rayons consacrés aux cosmétiques et aux parfums… Boots, c’est le paradis sur Terre. A perte de vue des rayons de médicaments en libre accès, sur la gauche des sandwichs et des boissons énergétiques, et, tout au fond du magasin, la forteresse gardée par des femmes en blanc où vous n’entrerez que muni d’une « prescription » (prononcez à l’anglaise, je vous prie). Dans la plupart des cas, vous n’aurez pas besoin de ce sésame (que l’on obtient chez le GP – _general practioner_ – chez qui on s’est préalablement inscrit et qui officie dans un centre médical, souvent appelé _surgery_[^1])… Les produits contre la toux, les dolipranes et autres sauvent-la-vie sont à portée de main. C’est particulièrement pratique lorsque vous ne savez pas comment dire en anglais « un putain de mal de tête de mes deux » ou encore « toux grasse » (_chesty cough_), « toux sèche » (_dry cough_) et autres joyeusetés de la sorte. Vous pouvez prendre votre temps pour loucher sur les titres des boîtes, lire au dos le résumé de la notice et comparer les marques pharmaceutiques. Et si vous avez de la chance, pour 2 boîtes achetées, la troisième sera gratuite, car on n’arrête pas le commerce – surtout pas chez Boots. [^1]: « Les centres médicaux, de même que les cabinets dentaires, sont libres de choisir leurs patients. Il est parfois difficile d’obtenir un rendez-vous car certains centres ont trop d’inscrits sur leurs listes ; il faut préciser que le nombre de médecins par rapport au nombre d’habitants est inférieur de moitié environ à celui de la France » (_Comment passer pour un Anglais_, Harrap’s). Le système public de santé britannique est appelé « NHS » (_National Health Service_). [[_Accueil]] [[_The British Chronicles (2011-2013)]]