# Comprendre les Londoniens (16 mars 2012) Race à part, les Londoniens, tous les Britanniques vous le diront, ne sont pas comme le reste de la population d’Albion. Plus excentriques peut-être, ayant développé les défauts des citadins des grandes métropoles sans aucun doute, les Londoniens sont une énigme que j’ai décidé, avec l’aide d’un [article du _New-York Times_](http://www.nytimes.com/2012/03/04/magazine/explaining-londoners.html?_r=1&ref=magazine), de résoudre, en partie car à peine croit-on les comprendre qu’ils se dérobent déjà à notre entendement et nous surprennent à nouveau. ## **Le rapport à l’alcool** Que nous soyons de l’autre côté de la Manche ou de l’autre côté de l’Atlantique, Londres est dans l’imaginaire des Français et des Américains une ville où tout le monde boit, tout le temps. Et c’est, pour ainsi dire, vrai. Selon le système de santé britannique (_NHS_), 12% des Londoniens (soit 900 000 personnes) boivent plus de cinq jours par semaine. Selon un rapport de 2009, pas moins de 17 millions de jours de travail seraient dilués dans l’alcool chaque année au Royaume-Uni. L’habitude moyenne de consommation est la suivante : il est tout à fait normal d’aller boire un verre ou une pinte avec les collègues après le travail au pub du coin. Le jeudi soir est une nuit d’échauffement, où le Londonien moyen prépare son foie au long week-end qui va suivre. Et dès le vendredi soir jusqu’au dimanche après-midi, pour compenser une semaine stressante au boulot où les heures se sont accumulées, parfois de manière déraisonnable, une course à l’oubli commence dès 17 ou 18 heures… Sachez que tout le monde est saoul dès 19/20 heures et vomit dès 21 heures… La journée du samedi est passée à comater avant de repartir pour une nuit de beuverie. Couché vers 5 heures du matin, voire même à 10 heures quand il y a un _after_, le Londonien ne voit pas le dimanche passer. Le lundi matin, lunettes noires devant les yeux, il tâche d’être le plus digne possible et recommence sa semaine de folie. ## **Que pensent-ils des Jeux Olympiques ?** Nulle inquiétude, les Londoniens sont habitués à être envahis chaque année au mois de juillet et d’août. Il est possible que les instincts hostiles habituels soient amplifiés par l’arrivée de ces hordes de barbares qui ne savent pas prononcer correctement « Leicester Square ». Il faut dire que Londres a déjà accueilli à deux reprises les Jeux : en 1908 et en 1948. L’excitation à l’idée d’un profit certain commence à titiller nos Londoniens, réputés pour leur flegme. Avec 450 000 touristes qui auront besoin d’être logés pour la manifestation sportive, estime-t-on, des Londoniens de tout niveau social envisagent très sérieusement de sous-louer leur appartement pour des sommes impies. « L’échelle de prix semble être quatre fois au-dessus du prix normal de location », indique Jemma Scott, directrice d’une agence immobilière. Sur OneFineStay.com, une maison avec six chambres et trois salles de bain à Notting Hill se louera £2000 la nuit. La maison de l’ancien joueur de foot Sol Campbell, située à Chelsea, est proposée pour £75000 la semaine. Inutile de préciser que toutes ces habitations seront soigneusement inventoriées ! Un appartement dans l’Est de Londres, réputé pour être la zone « ouvrière », devrait coûter £150 la nuit. ## **Les chauffeurs de taxi** Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les chauffeurs de taxi londoniens sont très intelligents. Tout chauffeur de ces fameux taxi noirs doit savoir sur le bout des doigts chaque rue et itinéraire dans un rayon de 6 miles (env. 10 km) autour de Charing Cross Station. Il y a 26 000 rues à Londres et environ 148 000 « lieux d’intérêt », comme on dit ici. La préparation pour le test peut durer plus de trois ans et plusieurs années de tentative peuvent être nécessaires pour le réussir. Cette licence a été introduite en 1654 par Oliver Cromwell, agacé de constater que les chauffeurs d’alors n’étaient pas bien éduqués. Il y a 10 ans, une étude de l’_University College London_ a montré que les chauffeurs de taxi avaient des cerveaux plus gros que la moyenne. Il est dit de ces derniers qu’ils peuvent voir la récession arriver bien avant les financiers. ## **Montre moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es** La meilleure façon de se faire une idée d’une personne en quelques secondes et de regarder le journal qu’elle lit. _The Daily Telegraph -_ De vieux conservateurs qui pleurent encore la perte de l’Empire et qui placent le cricket avant la famille. Seulement heureux lors des commémorations du débarquement de Normandie. _The Guardian_ (ou _The Observer_ les dimanches) - Amateurs de yoga et libéraux de classe moyenne souhaitant la fin des guerres et roulant leurs cigarettes. *The Times* - Sans nul doute un membre de l’élite politique ou du monde des affaires ; il ou elle s’imagine en personne tolérante : n’a aucun ami issu de la classe moyenne. *The Independent*  - Sous-performants suréduqués et légèrement déprimés qui sont réellement inquiets pour l’environnement. *Daily Mail* - Femmes au foyer de classe moyenne qui vivent dans la crainte d’une augmentation du prix de l’immobilier, d’Elton John et des Gitans. Elles adorent Margaret Thatcher, les histoires sur les animaux qui ont des talents et George Clooney. *Daily Express* - Des intolérants, qui s’indignent facilement et qui ne se sont pas encore remis de la mort de Diana. Leur peur constante d’attaques terroristes est émoussée par le gin et la TV réalité. *Daily Mirror *- En perspective d’une excellente soirée, il ou elle commence par se soûler la gueule lors des courses de lévriers. *The Sun*  - Adoré par les conservateurs de la classe ouvrière, avides de lire un tabloïd qui frappe toujours là où ça fait mal, que ce soit sur des sujets comme la politique, le foot ou les femmes aux seins dénudés. ## **Londres est-elle une ville chère ?** Oui. Pas besoin de développer. ## **Pourquoi les Londoniens s’excusent-ils toujours ?** Ils s’excusent quand vous leur rentrez dedans, quand ils font tomber des choses, quand ils veulent parler, quand ils sont nerveux, quand ils ne sont pas d’accord, quand ils vous passent devant, quand ils ne peuvent pas entendre, quand ils vous entendent trop bien et, comme un reflexe, quand ils ne savent pas quoi dire d’autre. En aucun cas, dire « désolé » ne veut dire que le locuteur est réellement désolé. L’apologie fréquente est une des armes tirée de l’arsenal d’astuces intelligentes que les Londoniens emploient pour cacher leurs émotions et rester opaques aux yeux des étrangers, et certainement aussi à leurs propres yeux. ## **Petit glossaire pour bien les comprendre** « Don’t mention it… » (l’équivalent de notre « de rien » ; littéralement : « n’en parlez pas ») _« Je vous en prie, continuez de me remercier »_ « I’m not being funny, but… » (« Je ne veux pas être marrant/bizarre, mais… ») _Prélude à une remarque inacceptable en société_ « I’m running 10 minutes late… » (« J’ai dix minutes de retard… ») _« Je serai là entre une demi-heure et une heure après l’heure convenue »_ « Mustn’t complain… » (« Je ne dois pas me plaindre ») _« Je viens juste de me plaindre »_ « Probably my fault… » (« C’est certainement de ma faute ») _« C’est de votre faute. »_ ## **Se dire au revoir** Le _New-York Times_ affirme que les Londoniens, à la manière des Français, s’embrassent sur les deux joues, selon une habitude venue du continent (et pour être plus exact : de la France), via le tunnel sous la Manche. De quoi prouver, avec cet exemple, que Londres s’européanise à vitesse grand V… tout en faisant remarquer qu’à la génération précédente, embrasser quelqu’un sur la joue était considéré comme une violation de l’espace privé. Je vous rassure : tout ceci n’est que mensonge. Les Londoniens, quelque soit leur origine (à part les Français, bien évidemment), ne vous embrasseront que rarement sur les joues… Ils pratiquent littéralement l’_embrassade_ : c’est-à-dire qu’ils vous prennent dans leur bras. Il m’a fallu environ six mois pour m’habituer et prendre le coup de main, ou le coup de bras pour être exact. Vous n’embrassez la personne que d’un seul bras (en ce qui me concerne le gauche), le contact ne durant que quelques secondes… Selon l’affection de la personne que vous avez en face, la pression peut être plus ou moins intense et durer plus ou moins longtemps. C’est en général à ce moment-là, comme si les actes avaient plus de poids que les paroles, que l’on vous dit à quel point ce fut un plaisir de vous voir/revoir/rencontrer… Mais comme toujours avec les Londoniens, vous n’êtes jamais sûr de la véracité de ce que l’on vous affirme : aussi bien, la personne qui vous prend dans ses bras ne souhaite absolument pas vous revoir… mais au moins, les apparences sont sauvées !