# *Confusion* (*Entangled*) de Cat Clarke (26 octobre 2012) Le 18 octobre dernier, dans la jeune [collection « R »](https://web.archive.org/web/20121128152530/https://www.facebook.com/collectionr) de Robert Laffont, est paru le premier roman d’un auteur inconnu en France : _Confusion_ de Cat Clarke, dans une traduction d’Alexandra Maillard (17,90€ pour la version papier et – tenez-vous bien – 13,90€ pour la version numérique, soyez les bienvenus en France). J’ai rencontré Cat Clarke, il y a quelques mois à Londres, le jour où elle avait reçu une récompense ([The Redbridge Teenage Book Award 2012](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://www2.redbridge.gov.uk/cms/leisure_and_libraries/libraries/schools_library_service/childrens_book_award.aspx)) pour son premier roman – _Entangled_ dans la version originale, et j’ai été charmé par sa gentillesse, son humour et son bonnet. Je m’étais promis que je lirais alors un de ses deux romans qui ont été publiés jusqu’à présent… Puis les mois ont passé et, bien qu’occupé ailleurs, je n’ai cessé d’entendre de gentilles choses sur sa personne, sa personnalité et ce qu’elle écrivait… Puis, récemment, me rendant compte qu’elle allait enfin percer sur le marché français, je me suis dit qu’il serait bien que je la lise et, si j’appréciais ma lecture, que j’en parle sur _Les Plumes Asthmatiques –_ car il est vrai que l’on ne parle pas très souvent de littérature _Young Adult_ dans les environs. J’ai lu ces derniers jours _Entangled_/_Confusion_, en version originale, sur mon petit Kindle. Alors, n’y allons pas par quatre chemins : Cat Clarke est un jeune auteur prometteur qu’il faut absolument avoir lu, que ce soit en version originale (si vous souhaitez découvrir tout ce qu’elle a publié) ou en version française (Robert Laffont a promis de traduire et diffuser l’ensemble de ses romans). Commençons d’abord par quelques lignes sur l’auteur : Née en Zambie, Cat Clarke a grandi en Écosse, puis dans le Yorkshire. Après avoir été auteur de non-fictions et avoir travaillé dans le milieu de l’édition, elle se consacre désormais à la littérature pour jeunes adultes. Son premier roman, _Entangled_, publié en janvier 2011, a rencontré un grand succès en Angleterre ; son deuxième, _Torn_, est sorti en décembre de la même année. Après avoir passé quelques temps dans le sud de Londres, Cat vit actuellement à Édimbourg. Son troisième roman, _Undone_, déjà [encensé par les premières critiques](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://www.theprocrastinationfactory.blogspot.com.au/2012/09/why-everyone-should-read-cat-clarke.html), sortira dès avant Noël en version numérique et fin janvier 2013 en version papier. * L’histoire de _Confusion_ se résume très simplement : Grace, une adolescente de 17 ans, se réveille un jour dans une chambre sans décoration, blanche. Elle se retrouve prisonnière du mystérieux Ethan, qu’elle avait rencontré juste avant de se couper les veines et mettre fin à sa vie, après avoir descendu une bouteille de gin. Grace ne comprend pas pourquoi elle a été enlevée et – le plus dérangeant – pourquoi Ethan se montre si serviable et si attentionné. Sur une table, un stylo et une ramette de papier l’attendent. N’ayant que cela à faire et souhaitant comprendre comment elle a pu tomber dans cette situation désespérée, Grace commence à écrire son histoire, elle qui a toujours souhaité devenir écrivain. Et ce que le lecteur va découvrir est évidemment loin d’être rose. * _Confusion_ est un de ces romans fascinants car il ne nous épargne rien – et il est d’autant plus fascinant qu’il contient des thèmes que l’on ne retrouve que très rarement dans la littérature dite « de jeunesse » ou « pour adolescents/jeunes adultes ». Cat Clarke met en scène un personnage principal, une adolescente d’une certaine manière comme les autres, qui a pris l’habitude de s’automutiler. Et elle parvient, au fil des confessions de Grace, a nous faire comprendre les raisons de cette automutilation, qui n’apparaît plus comme les actes d’une personne dérangée (ce que beaucoup pensent au premier abord) mais comme un rituel qui rassure et calme les angoisses d’être au monde. Afin d’apprécier pleinement cette lecture, il importe au lecteur, s’il est adulte, de garder à l’esprit que cet ouvrage s’adresse à un public plus jeune – des lycéens en toute vraisemblance. Il aborde sans fard la sexualité, l’alcool, le suicide, la grossesse, le mal-être adolescent sans que pour autant l’atmosphère du livre ne soit anxiogène ou étouffante. Au contraire, j’ai trouvé que le style de l’auteur rendait la lecture par certains moments très plaisante (Grace a de l’humour même dans les pires situations et l’on ne peut s’empêcher de sourire ou de rire bêtement de certains de ses commentaires). Mais si l’ouvrage s’adresse en théorie à un public jeune, _Confusion_n’épargne pas, comme je le disais plus haut, son lecteur. Cat Clarke parle des adolescents et ne cache rien de cette vie, parfois triviale, que nous avons tous, plus ou moins, vécue : des doutes au désespoir, des chagrins aux drames (auxquels, croit-on sur le moment, on ne survivra pas), des excès dans l’alcool à ces parties de jambe en l’air dont on a honte le lendemain matin et qui peuvent ruiner l’image que l’on a de soi – quand ce n’est pas cette « réputation » à laquelle on est tellement attaché à cet âge, et plus tard encore. On devine dans ce premier roman les thèmes qui vont habiter l’oeuvre de Cat Clarke, et vont faire, si j’ose dire, sa « marque de fabrique » : parler de la mort, de la perte (d’un parent, d’un meilleur ami), de la souffrance, qu’elle soit physique (automutilation, « _bullying_« …) ou morale (dépression, harcèlement en milieu scolaire…), de la culpabilité de l’adolescent (qui, de manière surprenante, a toujours quelque chose à se reprocher). Et, ces thèmes, les traiter en toute simplicité, de manière frontale, sans jugement ni leçons de morale, et surtout, ce qui est le plus louable chez un auteur qui vit de sa plume, sans se soucier le moins du monde de ces « règles marketing » qui obligent un auteur à tremper sa plume dans de l’eau pour diluer ces « tabous » – la littérature _YA_, si l’on en croit certains libraires, ne doit pas parler de suicide ou de sexe, si elle veut se vendre. Pourquoi alors Cat Clarke fait-elle ça ? Pourquoi construit-elle sa carrière littéraire sur les thèmes même qui pourraient y mettre un terme ? Je crois avoir décelé chez cet auteur, au fil des pages de _Confusion_mais aussi en lisant quelques articles à son sujet, un désir profond d’aider ceux qui sont en souffrance, et d’essayer de se mettre dans leur peau afin de ne pas les _juger_mais plutôt de les _comprendre_. C’est, vous me direz, le propre de l’écrivain. Il est vrai. Or, très souvent l’écrivain préférera se mettre dans la peau de personnages qui attireront à lui le lecteur et dont les livres ne seront à aucun moment boycottés ou mis de côté car jugés trop violents ou choquants. Cat Clarke a fait un choix difficile mais ô combien important, et, après la lecture de _Confusion_, je souhaitais ici l’en remercier. * Quand on lit _Confusion_, la question n’est pas de savoir si l’on a, dès le départ, deviné les raisons du kidnapping de Grace.  On poursuit la lecture car l’on veut _vraiment_savoir ce qu’il est advenu de sa meilleure amie Sal, de l’amour de sa vie (Nat) et de comment tout cela a pu déboucher sur sa volonté de mettre fin à ses jours. On poursuit aussi la lecture car, imperceptiblement, on s’attache énormément à cette narratrice, à sa personnalité lumineuse, à son innocence. Car Grace, contrairement à ce qu’elle croit et affirme, est innocente (au sens littéral de « celle qui ne saurait nuire à autrui »), lumineuse – bien qu’elle se croie dans les ténèbres – par sa personnalité remarquable. Mais devant ses souffrances qui n’en sont pas moins vraies, on a envie de la prendre dans ses bras et de lui murmurer que tout cela n’est rien et que la vie mérite bien d’être vécue, pour ces « tout petits nuggets de bonheur » (pour traduire [le titre du Tumblr de l’auteur](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://tinynuggetsofhappy.tumblr.com/)). * Je ne raffole vraiment pas des histoires où l’on parle de suicide et les thèmes de Cat Clarke, sur le papier, ont très souvent le don de me faire fuir, car tout cela me met énormément mal à l’aise. Il y a dans le suicide des adolescents quelque chose d’intolérable qui vous ferait pleurer de rage et d’impuissance[^1], et très souvent je préfère simplement ne pas y penser – car la détresse d’autrui a une tendance fâcheuse à me consumer. Je préfère alors fermer les yeux, me boucher les oreilles et chanter très fort. Mais, parfois, au détour d’un livre (et _Confusion_ en est un parfait exemple), ou dans sa vie professionnelle, on est amené à les ouvrir… et, après tout, ce n’est peut-être pas plus mal. Ainsi, le jour où je me retrouverai confronté à un adolescent qui perd peu à peu goût à la vie, je lui conseillerai de lire Cat Clarke – je suis de ceux qui sont persuadés qu’un livre peut vous sauver la vie ; car _Confusion_ est semblable à la boîte de Pandore : après avoir libéré des maux sombres, le roman garde, replié en lui, l’Espoir – et c’est une folle envie de vivre et de se battre qui nous saisit à la fin de cette histoire (en même temps que des larmes et une émotion difficile à contenir, en ce qui me concerne). * Pour ceux qui lisent l’anglais, je conseille très vivement [de vous plonger dans cet article, publié sur _The Procrastination Factory_,](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://www.theprocrastinationfactory.blogspot.com.au/2012/09/why-everyone-should-read-cat-clarke.html)  »Why everyone should read Cat Clarke » (Pourquoi tout le monde devrait lire Cat Clarke), qui vous vendra bien mieux l’auteur que je ne saurais le faire et vous poussera à vous précipiter sur son troisième roman, _Undone_, quand il sera sorti (plus que quelques mois, patience !). * Je terminerai par de vifs remerciements que j’envoie à l’auteur, ainsi qu’à Caroline de [_Portrait of Woman_](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://portrait-of-a-woman.blogspot.co.uk/2010/09/entangled-cat-clarke.html), qui fut la première à me parler de Cat Clarke, en termes laudatifs, et de ses romans. Et je vous remercie pareillement, aimables lecteurs, si, poussés par cette chronique un peu brouillonne, vous vous plongez dans l’œuvre de Cat Clarke. ##### Nicopompus _On his way to Edinburgh, ready to jump on Cat Clarke __If he happens to find her in the street (J. K. Rowling is good too, by the way)_ Venez donc me parler de Cat Clarke et de ce que vous avez pensé de son roman sur Twitter : [@D_K_N](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://twitter.com/d_k_n) [[_Accueil]] [[_The British Chronicles (2011-2013)]] [^1]: Récemment, nous avons appris [le suicide d’Amanda Todd](https://web.archive.org/web/20121128152530/http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/10/16/harcelement-le-canada-sous-le-choc-apres-le-suicide-dune-adolescente/?fb_action_ids=10151267418445730&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map={%2210151267418445730%22%3A290490081067153}&action_type_map={%2210151267418445730%22%3A%22og.recommends%22}&action_ref_map), qui avait fait connaître au monde, de manière très courageuse, sa souffrance et l’enfer dans lequel elle vivait. Cette histoire m’attriste et m’émeut beaucoup et je souhaitais la signaler ici, comme le pendant réel de ce que peut montrer Cat dans ses fictions.