# L’Apocalypse selon China Mieville (9 mars 2012)
Beaucoup de nos lecteurs connaissent l’écrivain britannique China Mieville (né en 1972), récompensé à de nombreuses reprises pour ses romans très originaux, qui font fi de la classification générique. Peu, j’imagine, en revanche, connaissent sa formation universitaire : il est diplômé de l’Université de Cambridge en anthropologie sociale, et de la _London School of Economics_ en relations internationales. Sa thèse est intitulée : _Between equal rights : A Marxist Theory of International Law_ (publié en 2005), démontrant l’influence du communisme sur sa pensée. J’ai eu le plaisir de le rencontrer cet été lors d’un événement sur Mervyn Peake à la _British Library_.
Le 1er mars, il a publié une version réduite d’un essai sur Londres, dans le _New-York Times_ sous le titre : « Oh, London, You Drama Queen ». La version complète a été diffusée quelques jours plus tard (le 5 mars) [ici](https://web.archive.org/web/20121126214413/http://www.londonsoverthrow.org/) sous le titre « _London’s Overthrow_ » (littéralement, « Le renversement de Londres »). Cette semaine, je vous propose donc quelques extraits, adaptés au besoin, qui m’ont parus très intéressants.
Nicopompus
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« Stratford, dans l’est de Londres, est refait de la tête au pied. Nous sommes en décembre, et parmi les hectares de boue et d’emballage bleu du Parc Olympique jaillit le nouveau monument de la ville : l’ArcelorMittal Orbit, imaginé par Anish Kapoor et Cecil Balmond, une vaste sculpture de poutres entrelacées tel du tricotage. Son nom vient de son donateur, Lakshmi Mittal, l’homme le plus riche d’Angleterre. Non loin se trouve le stadium, dont le futur après les Jeux est un point d’interrogation. Il y aussi le centre aquatique de Zaha Hadid, dont la beauté est diminuée par les gradins temporaires.
Les Jeux Olympiques vont coûter aux contribuables 14, 7 milliards de dollars. En ces temps d’ « austérité », des MJC (Maisons des jeunes et de la culture) et des bibliothèques sont fermées, car elles sont perçues comme des frivolités coûteuses. Mais celles des Jeux ne sont pas négociables. La jeunesse de Londres, qui a participé aux émeutes qui ont secoué le pays l’été dernier, fait le calcul. « C’est parce que vous voulez organiser les Jeux Olympiques, ok, » déclare un participant à des chercheurs, « donc pour que le pays aie une plus belle apparence et participe aux Jeux, nous devrions souffrir. »
Mike Marqusee, écrivain et activiste, amateur de Cricket, bien qu’excité de voir l’avancée des travaux, reste opposé à l’arrivée des Jeux. « Ces méga-événements en général sont mauvais pour les communautés où ils ont lieu, ils ne permettent pas des emplois durables et ils exploitent à outrance les alentours. »
Les projets pour assurer la sécurité des Jeux deviennent surréalistes, dignes du genre dystopique. Il y aura des snipers dans des hélicoptères ; des avions à réaction ; des navires de guerres sur la Tamise ; bien plus de troupes britanniques en service à Londres qu’en Afghanistan.
« Bien sûr, ils ne le feront pas, dit Marqusee, mais ce qui aurait été bien c’est s’ils avaient fait de ces jeux des ‘Jeux de l’Austérité’, de manière sympa. Se débarrasser du reste, qui n’est pas approprié, ça deviendrait une affaire de sport et nous prendrions plaisir à cela. Tout le monde fonctionnerait à l’économie, pas de gros hôtels. » Il poursuit : « Et vous savez, nous sommes à Londres ! Non, nous n’allons pas pouvoir rentrer en compétition avec Pékin, ce n’est pas notre genre, nous ne sommes pas un état autoritaire qui peut se procurer 10 000 personnes pour un défilé. Pourquoi ne pas être qui nous sommes, simplement ? Avoir quelques jeunes qui font du hip-hop ou autre. »
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Le propos de China Mieville se poursuit sur les émeutes et la perception que la capitale a de ses jeunes, qu’elle voit comme un échec, qu’elle méprise et qu’elle craint.
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« Il était surprenant de voir un renard à Londres – impossible de ne pas avoir le sentiment que la cité glisse dans une fable. Maintenant, on les voit quand on court tard le soir. En 2011, un de ces agents du chaos animal a infiltré le Shard – 32, London Bridge, le bâtiment le plus haut de la capitale encore en construction – et a décidé de vivre à quelques centaines de mètres au-dessus du sol, dans les hauteurs.
Au crépuscule et à l’aurore, des éclairs verts traversent le ciel bas, alors que des volées de perruches sauvages font leurs petites affaires. David Lindo est un ornithologue urbain, écrivain et présentateur, célèbre dans la communauté de l’ornithologie britannique. Pour lui, ces perruches sont des tyrans, pire qu’un simple divertissement. Il les regarde avec dégoût. « Elles détruisent notre éco-sytème et les espèces qui habituellement nichaient dans les arbres. Mais je veux bien comprendre que pour des néophytes tout ceci soit un beau spectacle. »
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Le style agréable de China Mieville glisse et s’intéresse aux problèmes de logement. Si l’Angleterre a eu durant longtemps une vraie politique en matière de logements sociaux, il faut constater que de nos jours il est presque devenu impossible de vivre en ville, tant les loyers sont chers. Année après année, le parc immobilier social diminue et n’est pas renouvelé : peu importe les gouvernements, de droite ou de gauche, la situation s’aggrave. Il n’est pas bon d’être pauvre à Londres. Si bien que l’on assiste à un exode vers les banlieues, le centre se vide de ses membres les moins riches. Londres ressemble de plus en plus à Paris. Evidemment, tout cela ne veut pas dire que de nouveaux bâtiments ne sont pas construits : au contraire, on bâtit de hautes structures, qui régneront sur le ciel londonien et regarderont de haut les bâtiments plus anciens. Ces nouveaux ensemble sont les royaumes des sociétés et proposent de nouveaux espaces de bureaux…
Ses inquiétudes se poursuivent sur la place des diasporas dans Londres, où les communautés sont de plus en plus fragilisées et de plus en plus isolées, et se concluent sur le passé qui hante la ville, avec l’image de [Meryl Streep en Margaret Thatcher](https://web.archive.org/web/20121126214413/http://lesplumesasthmatiques.net/fr/margaret-thatcher-the-iron-lady-meryl-streep/). Ses derniers mots sont ceux de Morrison, compagnon de Nelson Mandela, sur la capitale britannique : « Attendons que le chaos advienne vraiment. »
L’ensemble de l’article dans le _NYT_ peut être consulté [ici](https://web.archive.org/web/20121126214413/http://www.nytimes.com/2012/03/04/magazine/china-mieville-london.html?_r=3&hp=&pagewanted=all).
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