# Les 75 ans du Hobbit (28 septembre 2012) Vendredi dernier, accompagné de celui qui fêterait son anniversaire le lendemain (Bilbo Baggins des temps modernes) et qui était [mon camarade de concert lors de la soirée passée avec Jay Brannan](https://web.archive.org/web/20121126214253/http://lesplumesasthmatiques.net/fr/jay-brannan-en-concert-londres/ "The British Chronicles (XLII) : Jay Brannan en concert"), je me suis rendu à la British Library pour une soirée d’anniversaire un peu spéciale : les 75 ans de _The Hobbit_, le roman pour enfants du regretté J.R.R. Tolkien (1892-1973), publié pour la première fois le 21 septembre 1937 par Allen & Unwin (et traduit en français en 1969 sous le titre _Bilbo le Hobbit_). Quatre personnalités étaient présentes sur scène : Jane Johnson (connue aussi sous le pseudonyme de Jude Fisher) en maîtresse de cérémonie, Brian Sibley (que j’avais rencontré [l’année précédente pour le centenaire de la naissance de Mervyn Peake](https://web.archive.org/web/20121126214253/http://lesplumesasthmatiques.net/fr/mervyn-peake-chronique-gormenghast/ "Mervyn Peake ou l’esquisse du sublime")), Adam Roberts et David Brown, l’éditeur actuel de Tolkien (et d’Agatha Christie d’ailleurs) chez Harper Collins. Jane Johnson (1960 – …), écrivain et éditrice chez Harper Collins Voyager (c’est grâce à elle si nous lisons Robin Hobb, G.R.R Martin, Mark Lawrence, etc.), a ouvert la soirée en racontant comment _The Hobbit_ avait été publié : une suite de hasards heureux qui, à plus d’un titre, ont profondément changé notre monde. À l’origine, _The Hobbit_ n’était qu’une histoire racontée aux enfants Tolkien au moment d’aller au lit. Passé de mains en mains, le manuscrit finit entre les mains du patron d’Allen & Unwin, George Allen, qui fait lire à son fils de dix ans l’ouvrage. Ce dernier écrit une fiche de lecture dans laquelle il conseille l’ouvrage aux enfants de 5 à 9 ans (!) mais déconseille d’associer à l’histoire des illustrations, car elle se suffit à elle-même. L’ouvrage est imprimé et la couverture tricolore est réalisée par Tolkien _himself_. La Seconde Guerre mondiale arrive et le livre est vite épuisé. Alors qu’il va être de nouveau édité, l’entrepôt d’Allen & Unwin est détruit par une bombe allemande : une majorité des nouveaux exemplaires du _Hobbit_ brûlent dans l’accident. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Or, le club de lecture de Foyles, qui a du papier pour imprimer l’ouvrage en cette période de restriction, passe un deal avec l’éditeur de Tolkien pour une nouvelle impression et voilà l’ouvrage qui revient sur le marché. Il faudra attendre les années 50 et 60 pour que ce petit roman connaisse un succès important, qui ne se démentira jamais jusqu’à nos jours. Les ventes du début pousseront l’éditeur à réclamer une suite qui mettra plus d’une décennie à venir mais qui sera _Le Seigneur des Anneaux_ (1954-1955). Sans _The Hobbit_, la fantasy n’existerait absolument pas et tout un pan de notre imaginaire contemporain n’aurait jamais vu le jour (adieu Robin Hobb, Pratchett, les films de Jackson, _Game of Thrones_ livres et série, etc., etc.)… Ça tient donc parfois à un rien. Il est arrivé exactement la même chose avec la carrière de Mme Johnson : elle découvre le livre petite fille et, en conséquence, est amenée très jeune à s’intéresser aux légendes nordiques. Après des études d’Anglo-Saxon et de Vieux Norrois, Jane arrive sur le marché de l’emploi pour ainsi dire inemployable (sentiment que j’ai pu avoir il y a quelques années après des études plus classiques de latin et de grec ancien) mais le destin veille et sa voisine, enceinte, l’informe un beau matin qu’Allen & Unwin, l’éditeur de Tolkien (!), cherche une secrétaire. Lâchant tout, elle postule et est embauchée deux semaines plus tard. Spécialisée dans la littérature scandinave, elle est très vite amenée à travailler sur les œuvres de Tolkien, pour lesquelles elle commissionnera John Howe et Alan Lee, qui se baseront sur les dessins du maître et imiteront fidèlement son style pour illustrer _The Lord of the Rings_ (c’est donc la vision de Tolkien qui est rendue aujourd’hui dans les films, puisque Howe et Lee étaient les directeurs artistiques pour les films de Jackson). Elle édite aussi de nombreux auteurs que j’ai cités ci-dessus, de même qu’Arthur C. Clarke ou Stephen King, et crée en 1995 le label _Voyager_, qui est maintenant le leader du marché au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est ce dernier pays qu’elle visite il y a plus de dix ans, invitée par Peter Jackson, pour rédiger, sous le pseudonyme de Judy Fisher, les compagnons visuels de la trilogie. Devant ce déroulement des faits, on peine à croire qu’il n’y ait pas un Destin qui tire les ficelles… D’ailleurs, au moment où elle terminait les dernières lignes de son texte d’introduction pour cette soirée d’anniversaire, à la terrasse d’un café, levant les yeux et observant les gens autour d’elle, elle a vu passer un homme qui avait l’œil de Sauron tatoué sur sa cheville… Les coïncidences, parfois, ça donne la chair de poule ! La parole fut ensuite donnée à Brian Sibley (1949 – …), qui avait lu en ouverture de soirée un extrait de _The Hobbit_ – la rencontre au début de l’ouvrage entre Bilbo Baggins et Gandalf. Cette petite lecture fut un grand moment de théâtre où la voix basse et agréable de Brian était capable de moduler comme il convenait les intonations des deux protagonistes. La lecture dura cinq bonnes minutes et ce furent cinq minutes de plaisir exquis – on souhaiterait l’avoir tous les soirs au moment de s’endormir pour poursuivre le récit ! Brian Sibley est un écrivain, principalement connu pour ses œuvres de radio, très souvent des adaptations de romans britanniques célèbres (la _Trilogie de Gormenghast_ de Mervyn Peake, pour ne citer qu’une œuvre). Il a ainsi rédigé, avec Michael Bakewell, une adaptation de _The Lord of the Rings_ pour la BBC en 1981 et leur découpage de l’histoire a servi à Peter Jackson pour sa propre trilogie. Il a livré une interprétation très intéressante, pour ne pas dire brillante, du _Hobbit_, qu’il m’est malheureusement impossible de reporter ici. L’universitaire et écrivain Adam Roberts (1965 – …), auteur de _The Soddit_ (2003) et de _The Sellamillion_ (2004), parodies du _Hobbit_ et du _Silmarillon_, a délivré une communication sur les deux _Hobbits_ : la première version du roman, qui était le conte raconté aux enfants de Tolkien pour les divertir le soir, et la seconde version, rattachée à la mythologie de l’auteur, avec des épisodes rajoutés et surtout l’explication de Gandalf concernant le choix invraisemblable de Bilbo Baggins pour cette aventure. Je signale qu’Adam Robert a aussi réalisé une parodie de _Doctor Who_ : _Doctor Whom, E.T. Shoots and Leaves_ en 2006. Enfin, David Brown a commenté les illustrations qu’avait réalisées Tolkien pour _The Hobbit_, démontrant que ce dernier était un coloriste expérimenté. Comme je le disais plus haut, ce sont ses dessins qui ont servi de base pour le visuel des adaptations de Peter Jackson, adaptations cinématographiques qui ont marqué l’imaginaire contemporain au point qu’il est impossible d’imaginer des dessins des personnages ou des décors qui différeraient de ce que l’on peut voir maintenant dans les films. L’ensemble des illustrations est disponible dans l’ouvrage : [_The Art of The Hobbit by J.R.R. Tolkien_, sorti l’année passée](https://web.archive.org/web/20121126214253/http://www.guardian.co.uk/books/2011/oct/24/tolkien-hobbit-drawings-published). Puis il fut temps de regarder le trailer du film qui sortira le 12 décembre 2012 en France ! Après la séance Q&A, nous sommes allés boire un verre au bar de la British Library et mon ami a fait dédicacer les cartes de la Terre du Milieu par Brian Sibley, qui a écrit la présentation. [[_Accueil]] [[_The British Chronicles (2011-2013)]]